Jungle boogie.

Avis sur The Green Inferno

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Eli Roth avait disparu de la circulation depuis son diptyque Hostel. 2015 le voit donc ressurgir avec deux films, assez différents l’un de l’autre. Knock Knock sorti le premier, à la faveur probablement de la présence de Keanu Reeves au casting, est pourtant tourné deux ans après The green inferno, qui n’aura lui eu le droit qu’à une maigre dispo VOD après avoir été vu dans plusieurs festivals. C’est bien dommage car il vaut plus le détour que la majeure partie des produits horrifiques qui irrigue les salles et/ou plateformes de téléchargement chaque année.

Et surtout parce qu’il fait renaître un genre tombé en totale désuétude : le film de cannibales. Sous-genre d’exploitation qui fut notamment le faible de certains cinéastes italiens durant les années 70/80 comme Linzi et Deodato. On se souvient de Cannibal Hollocaust, premier vrai found footage (bien avant Blair Witch) qui allait très loin dans l’horreur, jusqu’à l’infamie impardonnable puisqu’on y massacrait d’une part ouvertement des singes et des tortues, afin d’accentuer le réel et faire que le film fasse croire à un vrai reportage en terre cannibale et d’autre part dans son approche pro colonialiste avec ces indigènes qui n’étaient plus réduit qu’à un tas de zombies décérébrés. Point de ça chez Eli Roth, dieu merci, qui a pourtant gardé une bonne partie de sa charge effroyable (The green inferno est dédié à Ruggero Deodato) en y injectant une bonne dose d’humour bien à lui.

En fait, Roth est peut-être l’un des seuls à mélanger autant l’humour et le gore, sanglant autant que scato. Dans les deux cas c’est archi cru. On chie, on se branle, on gerbe, on arrache des yeux, des langues, des membres. C’est assez complet. Et s’il faut tout de même se farcir une première demi-heure sans intérêt et un jeu d’acteur, comment dire, étrange, le film décolle dès l’instant que les deux mondes se rejoignent. La séquence de basculement se joue en deux temps : Le crash d’avion, très drôle ; L’arrivée en terre indigènes, assez dérangeante. Du pur Eli Roth. Le dégoût avec le sourire aux lèvres. Disons que Roth préfère miser sur le potache. Et j’aime son côté décomplexé, d’autant que la dynamique d’hystérie qui s’en dégage crée un mariage assez original. Il y a des ratés, des béances scénaristiques à l’image de la beuh comme échappatoire qui est un élément de récit dont on aurait pu se passer. Mais dans l’ensemble ça le fait.

Niveau mise en scène, le film reste relativement bas de gamme. On voudrait que la forêt devienne un personnage, que les exécutions soient moins mécaniques, qu’il y ait un vrai travail sur l’immensité (les séquences sur le fleuve par exemple) et le cloisonnement (le semblant de huis clos dans la cage). Quelques petites choses sortent du lot (Généralement quand le film bascule dans l’horreur pure) mais il manque clairement une vraie ambiance de jungle, une cruauté viscérale et un rythme fort – qui faisait notamment la réussite du Apocalypto de Gibson (autre film de jungle) et son excellente course poursuite sans fin.

Roth garde néanmoins un regard ironique sur la société américaine, consumériste et touristique (Hostel), domestique et puritain (Knock Knock) ou en s’attaquant directement ici à la bonne conscience activiste, avec cette toile de fond virginité/excision. Qu’il en revienne au cinéma italien « cannibale » pour le raconter, pourquoi pas. Et on sent qu’il en a mangé. Heureusement, il se sépare de ce cachet found-footage (que j’attendais et que je suis ravi de ne pas avoir vu) ainsi que de séquences interdites, ce qui en fait un objet beaucoup moins controversé et suffisant, nettement plus humble et bouffon. Gras, bis et fun.

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