Film pour cultivateurs de patates

Avis sur The Intruder

Avatar Sergent 1er
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The Intruder fut tourné alors que les tensions raciales aux États-Unis atteignaient un sommet encore jamais franchit dans l'histoire du pays. Les lois Jim Crow étaient encore en vigueur dans les États du Sud, et c'est dans ce contexte particulièrement brûlant que Roger Corman décida de mettre en image son hostilité à ce racisme institutionnalisé. Si plonger aussi promptement dans tout ce bordel sociétal témoigne d'un indéniable courage de la part du célèbre producteur, il faut aussi admettre que son film pâtit immanquablement du manque de recul vis-à-vis de son sujet.

Pourtant, le long-métrage a la présence d'esprit de ne pas représenter les populations sudistes sous un angle totalement manichéen (avec notamment une réflexion sur les foules, dont je reparlerais après). Ainsi, il évite le piège fatal de l'appel aux émotions par la désignation d'un méchant. Malheureusement, il ne poursuit pas cette approche pour les deux personnages principaux, qui sont eux complètement faux et caricaturaux. Adam Cramer (l'antagoniste) devient profondément grotesque dans l'exagération de sa perfidie, et il n'y a rien pour contrebalancer à sa méchanceté et ainsi lui faire gagner en profondeur. Il en va de même pour Tom McDaniel (le protagoniste), dont le changement de position soudain sur la question de la ségrégation reste un épais mystère jusqu'au bout. J'aurais aimé comprendre comment un homme peut changer une mentalité aussi enracinée dans sa culture, ce que le film ne prend jamais la peine de faire.

Voilà le fond du problème : The Intruder ne présente qu'une vision superficielle de la situation. Quand une piste semble émerger, elle ne se trouve jamais creusée. Il parle de la ségrégation raciale comme s'il n'y avait pas de passé historique pour en comprendre les mécanismes. Il parle de psychologie des foules, de la foule en tant qu'essaim incontrôlable d'individus, mais se contredit sur sa fin avec l'image d'une foule capable d'être raisonnée. Il parle enfin des noirs sans jamais s'attarder sur leur point de vue, ce qui m'aurait pourtant paru d'un digne intérêt. Non, il préfère se concentrer sur une histoire d'adultère pénible qui n'a de sens que parce qu'elle servira à faire tomber l'antagoniste.

Et puis il faut signaler les défauts de la mise en scène. Que ce soit dans les séquences de discours ou de foules en colère, Roger Corman ne parvient jamais à saisir l'intensité pourtant très forte de ce genre d'évènements. Il essaye, à coups d'angles de caméra appuyés, mais se plante royalement.

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