The Last Movie

Avis sur The Last Movie

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Le film qui crama la carrière (et peut-être un peu la vie) de Dennis Hopper. Sur un nuage après le carton (miraculeux) d'Easy Rider, sur un trône auprès des studios avec un carte blanche accordée par la Universal, sur des braises une fois le tournage commencé, The Last Movie était un échec écrit d'avance. Le tronche dans les stups, l'égo gonflé comme un ballon de baudruche, le cinéaste va se paumer au milieu de l'Amérique du Sud, les poches pleines de pesos, et laisser son histoire de cascadeur dépressif se faire. Montage bordélique à souhait, AVC des producteurs et sortie salles torpillée par le studio (une poignée de ciné aux États-Unis et salut les copains) auront raison d'un film aujourd'hui quasiment invisible et un des derniers films maudit de cette période (Sorcerer est enfin rentré dans l'Histoire du cinéma). Que reste-t-il du trip d'Hopper alors même que son Easy Rider ne cesse d'être analysé dans tous les sens ? Sans aucun doute, son chef d’œuvre. Le terme fait snob, surtout pour un film introuvable, mais la pelloche colle au cerveau comme la coke colle au film. Imparfait, The Last Movie l'est assurément mais il ne cherche pas la perfection, il cherche le chaos, le bordel, le voyage avec embuches. Un titre qui n'intervient qu'au bout de 30 minutes, une situation qui ne s'éclaircit qu'au bout d'une heure avant de retomber dans une opacité, des personnages mal définis, une bizarrerie qui règne en maitre sont les composantes du métrage. Mais tout cela est porté, supporté, par une liberté dingue, par un réalisateur qui à priori se fout de tout mais qui s'acharne à retranscrire sa sensibilité, ses peurs et une forme de dépression post-succès et pré-descente de dope. L'influence godardienne est explicite, des citations directes renvoient à la mise en abyme et aux relations homme/femme du Mépris ou à la liberté anarchique de Pierrot le fou (sans oublier une scène de party et la présence de Samuel Fuller). En plus de JLG, Hopper fait des clins d’œil à Easy Rider via des cameos très discrets de Peter Fonda, comme un moyen de tisser un lien avec son premier film et en même temps de l'éloigner. Dans le champ mais pas dans plan. Dans l'esprit mais pas dans le cœur du film. Car le film joue contre Easy Rider, le cool a disparu, les États-Unis et le mythe aussi. The Last Movie joue surtout contre Hopper car il lui permet de se mettre à nu et de s'auto-détruire dans un projet voué à l’échec. Les derniers plans sont à ce titre déchirants, l'acteur/réalisateur met en scène sa mort de manière répétée, via une succession de rushs comme si tout le film n'était que la célébration d'une fin, de sa fin et de celle du Nouvel Hollywood. De fait, le bide monstrueux du film va faire de Hopper le premier cinéaste du Nouvel Hollywood à se bruler les ailes avant les Sam Peckinpah, Martin Scorsese, Michael Cimino et (plus tard) Francis Ford Coppola. Oui, The Last Movie peut laisser beaucoup de monde sur le bas-coté par sa forme aride et son discours perchée mais il peut aussi toucher un très grand nombre et (enfin) sortir de son purgatoire.

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