Océan hallucinatoire

Avis sur The Lighthouse

Avatar Rémi Savaton
Critique publiée par le

Là où le cinéma d'horreur contemporain aurai pu rester coller à des films et sagas sans saveur et tension comme celle de Conjuring, de nombreux auteurs sont venus s'emparer du genre et proposer des œuvres plus intrigantes et intéressantes les unes que les autres. David Robert Mitchell et son teen-movie horrifique It Follows, Jordan Peele et sa psychologie, Ari Aster avec un ton orignal et intriguant, mais aussi Pascal Laugier avec Ghostland. Mais un seul parmi cette vague de cinéastes m'a le plus parlé via son traitement fortement esthétique donné à ses contes tout droit sortis du passé : Robert Eggers.

Apres avoir mis à l'épreuve une famille chrétienne face aux dangers redoutable d'une sorcière dans le sous-estimé The Witch, Robert Eggers quitte la campagne et la foret de la Nouvelle-Angleterre pour installer ses protagonistes au beau-milieu de l'océan déchaîné, entre les 4 murs d'un phare étrange.

L'histoire pourtant simple, laisse place à un véritable cauchemar articulé entre ivresse, folie et horreur : Deux gardiens de phare sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre dans les années 1890.

Le bateau amenant Thomas Wake ( Willem Dafoe ) et Ephraim Winslow ( Robert Pattinson ) à leurs destination, transperce le brouillard inquiétant qui surplombe la mer. La petite Île rocheuse apparaît rapidement, avec en son sol un phare et une maison laissés à l'abandon. Pas un mot n'est échangé entre les nouveaux arrivants et l'équipe précédente. L'isolation commence.
Le rapport de force entre les deux personnages est rapidement posé. Thomas est le chef ( grâce à sa grande expérience de l’Île ), Ephraim est ''l’élève''. Là où l'un se coltine les taches ingrate et inintéressante, l'autre s'occupe du symbole du phare : la lumière.

Sur la musique fabuleusement mystérieuse de Mark Korven, Robert Eggers pose au fur et à mesure les pierres d'un récit habitée par l'étrange. Les rencontres étranges et les événements auxquels va assister Ephraim vont rapidement l’amener à s'interroger sur son compagnon de phare. Le symbole de l'animal est lui aussi important. Il va passer du bouc possédé de The Witch, aux mouettes renfermant les âmes des marins décédés.
Mais l'alcool, unique ravitaillement sur place, va s'avérer comme un désamorçage des doutes et des questionnements. Ivresse, boulot, misère vont faire tourner les personnages et le spectateur au point de perdre la notion du temps, à l'image de ses deux horloges sur le mur affichant des heures différentes. Mais inévitablement, nous savons que le personnage de Thomas cache quelque chose, en haut du phare, au contact de la lumière.
C'est un affrontement permanent d'ailleurs entre les deux protagonistes, concernant l’accès à ce niveau. L’expérimenté Thomas refuse que le jeune Ephraim accède à cette opportunité. Qu'il y'a t'il là où règne la seul lumière de l’Île ?

Le format 1.19:1, et le 35mm en noir et blanc augmente ce sentiment de claustrophobie et de tristesse du lieu. The Lighthouse est avant-tout une aventure sensorielle et hypnotique ! L'atmosphère et l'étrangeté du récit nous invite évidement à ressortir de la salle plein de mystère dans la tête. Sirènes, désirs inassouvis, mouettes mystérieuses, vie secrète des personnages jusqu’à même l'intervention des mythes comme le dieu Poséidon nous entraînent au cœur des mystères de l'océan qui nous rongeront la tête. Ce n'est pas hasard d'ailleurs que Robert Eggers fait encore une fois appelle aux vieux contes qui se racontaient entre marins à la fin du XIXème siècle ( comme l'était aussi The Witch ).

Dans sa mise en scène ultra maîtrisée et esthétisée, la caméra de Robert Eggers vogue entre les étages et les actions mystérieuse des personnages, capte les visages déboussolés, et filme une mer déchaînée spectatrice et actrice de la détresse des protagonistes ( enfin surtout celle de Ephraim, tant qu'il est encore lui ).
Willem Dafoe et Robert Pattinson sont complètement habités par ce froid milieu et proposent tout deux une interprétation formidable et dérangeante.

Dans son originalité et son mystérieux, The Lighthouse ne peut nous faire sortir indemne de ce phare. Robert Eggers propose encore une fois, une oeuvre complètement hypnotisante qui pimente et pousse le genre horrifique vers le haut.

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