Tommaso : Où quand Abel tue Abel... à petit feu

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Avec Tommaso, qui sort ce mercredi 8 janvier, Abel Ferrara exploite son territoire personnel pour nous proposer un drame autobiographique, celui d'un cinéaste vieillissant aux prises avec ses démons. Une œuvre touchante avec un très bon Willem Dafoe presque toujours au centre de l'écran.

Un toxicomane vieillissant et un cinéaste tourmenté peuvent-ils trouver le bonheur dans les limites du mariage et de la paternité ? C’est la question qui hante Tommaso, et par là-même Abel Ferrara lui-même dans cette étude de caractère façon autoportrait où se mélangent réalité et fiction dans le simple quotidien de l’existence où le doute n’est jamais très loin du protagoniste. Le réalisateur américain culte et sulfureux à la fois, âgé aujourd’hui de 67 ans, s’amuse avec le caractère autobiographique de cette chronique de cet homme qui tente de déjouer ses démons, mais ce qui est clair, c'est que Ferrara bouillonne d'obsessions, d'angoisses et de paranoïa qui s'emparent de son personnage. Une fois de plus, en tout cas, il explore les côtés obscurs de l'âme humaine en se fixant ici le pari de l’introspection.

Ferrara est connu pour ne pas être un grand raconteur d'histoires. Les articulations du récit sont souvent faibles. Ses films étant fondés davantage sur le principe de la scène traitée comme un crescendo. Les personnages apparaissent, commencent à se parler de façon très civile, puis l'échange dérape et aboutit à l'affrontement. Inventivité des entrées et sorties de champ, minimalisme du filmage, attention à l'expression des visages. Cette façon de faire est là encore terriblement présent dans Tommaso et peuvent alors être logiquement perçus comme un véritable atout dans cet exercice de style, volontaire et artistique, par certains et, à l’inverse, par d’autres comme fatiguant et proche de la maladresse.

Ce qui est sûr c’est que Dafoe, ami de longue date d’Abel Ferrara, joue admirablement, avec charme et élégance, le rôle du cinéaste, qui vit à Rome avec sa femme Nikki (Cristina Chiriac) et sa petite fille Dee Dee (Anna Ferrara). On sent la complicité entre l’acteur et le cinéaste dans chaque scène, chaque image... Dans une extrême sensibilité et en mélangeant les émotions où s’expriment sincérité, fragilité, inquiétude, colère, jalousie, impatience, Willem crève littéralement l’écran. Il virevolte entre rage et impuissance, chaque mouvement de la psyché changeante du personnage étant exécuté de façon convaincante. L'acteur n'exige pas nécessairement que nous sympathisions avec Tommaso, mais il s'assure que nous apprécions l'étendue de l'angoisse du personnage.

Tommaso se concentre sur les petites choses du quotidien, les différentes tâches usuelles, le travail sur un prochain projet de film, l'enseignement d'un cours de théâtre ou la participation à ces réunions régulières pour les alcooliques anonymes. Il capte la vie dans la beauté du banal et y intègre magiquement l’obscurité d’une folie psychologique de cet homme qui, malgré sa victoire sur la dépendance et un foyer heureux pourraient détruire tout ce qu'il a construit depuis le début de cette nouvelle phase de sa vie. Plus Tommaso avance, plus la structure narrative s'affirme - ou, du moins, une lente accumulation de thèmes apparaissent plus clairement. Autant Tommaso veut une existence tranquille avec Nikki et leur fille, autant des fantasmes errants lui viennent à l'esprit - parfois érotiques, parfois cataclysmiques, mais tous faisant allusion au tumulte émotionnel qui se déroule en lui. Une habile expression constante de la tension et le bonheur qui viennent de la tentative de faire couple avec une autre personne.

Ferrara ne puise peut-être pas entièrement dans ses propres expériences, mais il ne fait aucun doute qu'il connaît ce terrain intimement. Alors, si des expériences cinématographiques différentes vous tentent, Tommaso est certainement un joli film à ne pas manquer.

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