Trois souvenirs de ma jeunesse, un film polyphonique sur la recherche identitaire.

Avis sur Trois souvenirs de ma jeunesse

Avatar Lorette Puvilland
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La jeunesse dans sa beauté, la jeunesse dans sa violence, la jeunesse dans ses excès, la jeunesse dans sa recherche identitaire : Paul incarne toutes ses jeunesses. Paul, c’est le personnage principal, incarné par Mathieu Almaric, du dernier film d’Arnaud Desplechin. Un film qui peint la vie d’un homme de son enfance à la fin de l’adolescence.

Un film tout en intensité qui retrace le vécu de Paul à partir de trois de ses souvenirs.

Au début, nous découvrons Paul Dédalu, adulte au Tadjikistan, soudain, surgit le premier souvenir, celui de son enfance à Roubaix. Une enfance déchirée par la folie de sa mère qui provoque sa fuite du nid familial, jusqu'à que celle-ci meurt, laissant le père avec ses trois enfants : Paul, Yvan, et Delphine.

Lorsque nous revenons au temps présent encore hanté par la violence de son enfance, Paul est sur le point de revenir en France mais la douane lui découvre un « double », un homme ayant la même identité -notion du double étant présente tout au long du film. Et nous voilà transportés à l’époque de son adolescence, lors d’un voyage scolaire en URSS où il donne sa carte d’identité à un jeune Russe. Acte altruiste ou masochiste ? Ce paradoxe se poursuit tout au long du film. Tout comme la jeunesse, qui est à la fois glorifiée, par un air d’opéra et rendue pathétique, par l’excès d’actes, de décision et d’images. Les images se succèdent, se superposent, les plans s’alternent entre gros plans sur les visages et plans d’ensemble sur un groupe.

Mais revenons aux souvenirs : une troisième et dernière fois, Paul se plonge dans sa vie antérieure, en effet, la voix off du narrateur, Paul adulte, semble parler de la vie d’un autre, comme s’il offrait aux spectateurs, son expérience (les nombreuses adresses aux spectateurs le prouvent). Il s’agit d’un dernier chapitre qui semble être l’apothéose. Paul est un grand adolescent, il vit à présent en dehors des siens à Paris et revient de temps en temps à Roubaix, une vie saccadée à l’image du choix du réalisateur de construire son film sur des souvenirs sans rapport, en apparence. Il rencontre Esther, un amour nait entre eux, un amour-passion. L’amour irrationnel entre alors en scène, Paul et Esther, respectivement Quentin Dolmaire et Lou Roy Lecollinet, s’aiment et se déchirent. Cette partie du film friserait parfois le stéréotype de la passion amoureuse et des amants maudits, si l’humour décalé et le ton cynique des personnages dans des situations graves ou « sacrées » comme la rencontre amoureuse ou la scène de séduction ne donnerait pas au film ce ton unique et auto-critique.

Ainsi, Paul ne cesse de commenter son propre discours. C’est ce regard distancier sur l’amour et sur la violence des relations humaines qui caractérise le personnage de Paul et plus général le film. Ainsi, le Paul adulte raconte sa propre histoire à la troisième personne comme s’il commentait la vie d’un autre, il est spectateur de sa propre histoire, à la fin, il s’adresse même à nous pour se justifier et nous prendre à parti. Paul est tout sauf banal, il mène une vie solitaire et nomade, il a donné son identité à un autre, il essaie de s’en reconstruire une autre en vain, même Esther, l’amour de sa vie n’arrive pas le convaincre qu’il est Paul, le vrai Paul. Au même titre que Paul, ce film ne rentre dans aucune catégorie et c’est bien ce qui fait son charme.

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