La vraie richesse de l'Ouest

Avis sur Trois sublimes canailles

Avatar Docteur_Jivago
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Avec mes trois films muets vus de John Ford, j'avais déjà classé cette période comme moins intéressante que ces fastes années qui suivirent, puis voilà que Three Bad Men vient contredire tout cela et me foutre une sacrée claque à laquelle, je dois bien l'avouer, je ne m'attendais pas.

Avec Three Bad Men, il évoque le destin d'un couple durant la ruée vers l'or et plus précisément durant une "course à la terre" au Dakota où trois hors-la-loi vont s'y immiscer malgré l'oeil d'un néfaste shérif. Et là où c'est formidable, c'est que John Ford réussit à faire ce que peu ont su faire (on peut citer George Stevens et son Giant ou Victor Fleming avec Gone with the wind) à savoir faire emboiter la petite histoire dans la grande, celle de ce couple avec la fameuse ruée vers l'ouest, là où les nouvelles terres, souvent riche en matières importantes, attendaient les résidents de ce pays.

Et finalement John Ford nous fait passer par tout un panel d'émotion, dès le début l'histoire est rendue intéressante, la construction du récit est remarquable, tout comme la présentation des personnages (notamment pour les trois hors-la-loi). C'est à la fois beau, triste, très drôle, touchant, lyrique ou encore passionnant, que ce soit par son contexte ou l'évolution du récit. Aucun centimètre de pellicule ne laisse indifférent, c'est d'abord intrigant, puis on s'attache très vite aux personnages, souvent surprenants d'ailleurs, comme l'ensemble du récit, ou au contraire d'autres deviennent antipathiques. Ford se montre incroyablement humaniste, notamment dans le portrait des trois hors-la-loi et il en fait ressortir toute la dimension, tout comme un soupçon de mélancolie qui plane sur l'ensemble de l'oeuvre jusqu'à un final bouleversant.

Avant ce final, Ford montre toutes les palettes de son cinéma, il présente, avec souvent un oeil tendre, une galerie de personnages parfois hauts en couleur où l'on trouve de tout (journalistes, cow-boys, paysans, prêtre, salopard de première etc). Néanmoins, si ce beau monde forme un magnifique arrière-plan, ça n'en reste pas les trois hors-la-loi les plus importants, trois personnages dont l'écriture, l'évolution et la vision par Ford sont tout simplement remarquables, auxquels on peut tout de même ajouter le couple principal, qui sait se faire attachant ainsi que le shérif, une crapule comme l'Ouest en a fantasmé beaucoup. Il trouve toujours le bon équilibre, que ce soit entre tout ce beau petit monde ou les tons, sachant passer d'une scène drôle à d'autres plus lyriques ou touchantes.

Derrière la caméra Ford se montre tout simplement virtuose, sachant capter à la fois l'émotion des personnages, l'humour dégagé des situations mais aussi le contexte de l'époque et les paysages, à travers des plans soignés où son sens du cadrage et des lumières fait merveille. De nombreuses séquences sont mémorables (l'ouverture est d'ailleurs un véritable bijou, tout comme l'ensemble du final ou quelques scènes plus intimistes) tandis que le futur metteur en scène de The Quiet Man montre toute sa maitrise du muet, trouvant le bon rythme, évitant le surjeu théâtral des acteurs et passant d'une séquence à l'autre avec fluidité. Olive Borden est magnifique tandis qu'autour d'elle, tous les interprètes sont impeccables, que ce soit George O'Brien ou les trois hors-la-loi, Tom Santschi, J. Farrell MacDonald et Frank Campeau.

Tout simplement un film remarquable, aussi drôle lors de sa première partie que touchante et beau par la suite, et une oeuvre ambitieuse et majestueuse comme John Ford a pu en faire dans sa longue et riche carrière et celle-ci en est une des meilleures.

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