Quand y'en a plus y'en a encore : manuel pour construire son cercle vicieux

Avis sur Uncut Gems

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Sorti en 2019, Uncut Gems est un film réalisé par les frères Safdie (Lenny and the Kids, Good Time) qui raconte l'histoire d'un marchant de bijoux accro aux paris sportifs. Exclusivité Netflix, produit par Martin Scorsese, et avec un premier rôle donné au recordman des nominations individuelles aux Razzie Award*, le film avait tout pour surprendre et s'affirme aujourd'hui comme une des révélations de 2019.

Porté donc par un Adam Sandler en feu, Uncut Gems impressionne par sa constante surexcitation. Véritable MDMA cinématographique (ou plutôt netflixtographique), la pression et l'ambiance électrique dégagées par le film ne sont jamais relâchées. A chaque instant la sueur des personnages est palpable (contrairement au sol du palais de Cléopâtre, appréciez la référence subtile) et fournit au spectateur une curieuse angoisse. Le scénario, qui alterne entre joie exacerbée et panique étouffante, fournit au spectateur une palette d'émotions qui contribue à renforcer l'ambiance épileptique de l'oeuvre. Il réussit notamment à retranscrire le stress prenant les amateurs de paris sportifs, en portant à son paroxysme l'appât du gain et la peur du gouffre, et en amenant inexorablement un final en apothéose.

Si la réalisation du film permet de développer cette ambiance si particulière, notamment au moyen de scènes de nuit particulièrement réussies aux couleurs et lumières rappelant sans cesse les pierres précieuses (qui le sont particulièrement aux yeux des personnages), elle est bien aidée par la performance des acteurs.
Adam Sandler (qui a menacé de rejouer dans des navets s'il n'avait pas l'Oscar...) en premier lieu est impressionnant de réalisme, dans un rôle d'anti-héro aux multiples défauts mais attachant par sa passion dévorante.
La présence des deux stars américaines du film (dont un chanteur qui connaît bien les Daft Punk), loin d'être de simples plus-values commerciales, sert efficacement le scénario, et étonne par plusieurs aspects, à commencer par le jeu de Kevin Garnett, convaincant dans son propre rôle.
Enfin Julia Fox est, elle aussi, assez convaincante dans son rôle, cliché, de maîtresse amoureuse.

Néanmoins si ce film surprend agréablement, il n'est selon moi pas dénué de toute critique négative. A commencer par ce fameux rythme déchaîné, qui pourrait très bien en fatiguer plus d'un lors de scènes où les dialogues s'enchaînent plus vite que les polémiques de Donald Trump.
2h15 reste tout de même assez conséquent pour une oeuvre comme celle-ci, basée sur la rapidité, le stress et les péripéties.
Certaines scènes sont également un peu brouillonnes, notamment en raison de l'enchaînement des dialogues justement, susceptible de perdre quelque peu le public.
La construction des personnages enfin, si elle reste dans l'ensemble logique et assez réaliste, souffre d'une légère propension à se tourner vers le cliché. Je regrette notamment le traitement du cocon familial, mal développé à mon goût et cantonné à des faire-valoir.

Si tout n'est pas parfait dans Uncut Gems, il reste cependant très bon, offrant la brève chronique d'un perdant surprenant qui se débat dans son propre cercle vicieux, au sein d'un New York peu connu et sombre qui ne fait pas vraiment rêver.
Provoquant, immoral, cynique mais aussi très drôle, ce film détonne et étonne (pardonnez la figure de style un peu cheap) par bien des aspects, et mérite selon moi clairement le détour.

*Les Golden Raspberry Awards, souvent abrégés en Razzie Awards, sont une parodie de récompense de cinéma créées par John J. B. Wilson en 1981 pour prendre le contre-pied des Oscars, en distinguant chaque année les pires acteurs, scénaristes, musiciens, réalisateurs et films produits par l'industrie cinématographique (source : Wikipédia).

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