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Avis sur Uncut Gems

Avatar Mrniceguy
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C'est ce que dit Howard, le diamantaire accro au jeu et à l'adrénaline interprété par Adam Sandler dans "Uncut Gems". Se déroulant sur quelques jours, "Uncut Gems", réalisé par Josh et Benny Safdie, s'élance sur une piste étroite au-dessus d'un abîme béant, suivant Howard qui tente de rembourser ses énormes dettes de jeu en plaçant, bien sûr, des paris de plus en plus risqués. On espère qu'une fois qu'il aura tout remboursé, il pourra effacer l'ardoise et réparer certains des ponts qu'il a brûlés. Mais tout le monde autour d'Howard sait que c'est un fantasme. Sa dépendance est trop profonde. L'éblouissement des "uncut gems" du titre n'est pas un éclat de surface. Il brille au centre de la terre, il brûle dans le cœur d'Howard.

Il est donc logique que "Uncut Gems" commence par une séquence où la caméra pénètre dans une opale noire (extraite des mines d'opale de Welo, dans le nord de l'Éthiopie), qui se transforme ensuite en un côlon humain. Le côlon de Howard, pour être exact, alors qu'il subit une coloscopie. Les images sur le moniteur de l'hôpital ressemblent à l'espace fantastique des entrailles de l'opale, ses courbes et ses couches. C'est une métaphore si grande qu'elle en est effrontée, un thème martelé avec une franchise rhétorique rafraîchissante. L'opale est à l'intérieur d'Howard, son besoin vient de la partie la plus basse de lui-même. Il vit dans un état de "maladie de l'or" ou de "maladie du dragon" (si bien décrite par J.R.R. Tolkien dans Le Hobbit), le pouvoir hypnotique des pierres précieuses entraînant les hommes dans la folie depuis la nuit des temps, à la recherche de l'or des pirates, de l'El Dorado, du Saint Graal, dans des aventures colonialistes vouées à l'échec. L'opale noire d'Howard est la même que n'importe quelle pierre précieuse recherchée depuis longtemps : elle exerce une attraction magique sur tous ceux qui la regardent. Son pouvoir est presque entièrement symbolique.

Coécrit par les Safdie et leur collaborateur habituel Ronald Bronstein, "Uncut Gems" vous plonge dans l'univers cacophonique et déjanté d'Howard. La bijouterie d'Howard, située dans le Diamond District de New York, est un espace minuscule qui a l'atmosphère d'un cirque à trois pistes. La double entrée de sa boutique - qui nécessite deux sonneries - est un tampon entre Howard et le monde, lui donnant (au maximum) 10 secondes d'avance sur ceux qui le cherchent. Son assistant Demany (LaKeith Stanfield) prospecte les clients susceptibles d'être intéressés par les articles tape-à-l'œil de l'inventaire d'Howard, et le dernier appât en date est la star des Boston Celtics Kevin Garnett (qui joue son propre rôle), qui attend dans la boutique lorsque Howard revient de sa coloscopie. Howard ne peut résister à l'envie de montrer à Garnett sa dernière acquisition : l'opale, tout juste arrivée d'Éthiopie, qu'Howard met aux enchères plus tard dans la semaine (à un prix largement surévalué). Il raconte à Garnett comment il se sent lié aux Juifs éthiopiens qui déterrent les opales, et son enthousiasme est si passionné qu'il en devient saisissant. Garnett demande s'il peut emprunter l'opale pour porter chance à la prochaine finale de la Conférence de l'Est, et Howard accepte.

Le fait que Howard dise "oui" est le premier des nombreux choix terribles qu'il fera au cours des 135 minutes suivantes. Il doit tellement d'argent que des hommes de main le suivent partout et se présentent à son bureau. Ces gens ne plaisantent pas. Sa femme (Idina Menzel) est pleine de haine à son égard. Sa fille le tolère à peine. Il a hébergé sa jeune maîtresse (Julia Fox) dans un appartement qu'il a loué pour elle. Howard est toujours en mouvement, toujours en train de sortir des chambres, de dévaler les trottoirs, de foncer dans les halls d'entrée.

Et c'est le problème de l'addiction, le problème que "Uncut Gems" comprend vraiment. A un certain niveau, le stress est le but. Les terminaisons nerveuses sont si effilochées qu'elles ont besoin du stress. Howard est inutile sans la panique. Tout comme sa maîtresse, qui souffre également d'une forme de "maladie de l'or". C'est leur principal lien. Il ne s'agit pas d'un "récit édifiant" sur les dangers du jeu. Il s'agit plutôt d'un jeu de réalité virtuelle dans lequel vous entrez dans l'expérience d'Howard.

Les Safdies utilisent la ville de New York d'une manière qui n'a pas été vue depuis les films des années 70. La ville a été tellement nettoyée, embourgeoisée et homogénéisée qu'il est facile d'oublier qu'il y a tant de choses qui se passent dans la rue, tant de chaos, de marginaux et de perdus qui cherchent un point d'ancrage, d'escrocs et d'arnaqueurs qui se faufilent entre les mailles du filet et qui travaillent leurs angles. Le film "Heaven Knows What" des Safdies s'apparentait à un documentaire, mais leur film suivant, "Good Time", était un thriller de course contre la montre, dont l'action s'étendait sur les cinq arrondissements. Les Safdies sont nerveux, drôles et à l'aise avec l'inconfort. Leurs personnages n'ont pas accès au confort, et pourtant, à chaque instant, ils s'efforcent de s'échapper, de s'agiter, de s'en sortir, d'y entrer, d'obtenir ce dont ils ont besoin, ce qu'ils veulent. Le directeur de la photographie vétéran Darius Khondji (qui change de la collaboration habituelle des Safdies avec Sean Price Williams) fait ressortir l'éclat maladif de ce monde, le flou vert de l'éclairage intérieur, le glamour de certains intérieurs juxtaposé au sordide des autres.

Lors d'une récente conversation entre Adam Sandler et Brad Pitt pour la série Actors on Actors de Variety, Pitt a fait remarquer que même si Howard fait tous ces mauvais choix dans "Uncut Gems", on s'inquiète pour lui. Selon Pitt, cela est dû à la "chaleur humaine" de Sandler, quelque chose que l'on ressent toujours, quel que soit le sujet. Je pense qu'il y a quelque chose à dire. On entend des gens exprimer leur surprise lorsque Sandler fait une bonne performance. Il ne devrait pas y avoir de surprise. Quand on lui donne un bon matériel, comme "Punch Drunk Love" de Paul Thomas Anderson ou "The Meyerowitz Stories" de Noah Baumbach (pour n'en citer que quelques-uns), il est aussi bon que possible. Derrière son humour se cachent la douleur et la rage, qu'il est capable d'exploiter. Ici, dans le rôle de Howard, avec sa barbichette, ses lunettes fantaisistes et ses vêtements "club", il dresse le portrait d'un homme qui vit sur le fil du rasoir. Il ne cesse de parler. Il n'arrête pas de se battre, de comploter, de crier, de se bousculer. Dans ses yeux brille la lueur dévotionnelle du gros lot.

"Auto-illusion" est un terme redondant. Toutes les illusions proviennent d'une volonté de croire en une fantaisie, une chance, un risque. Dans un délire, votre cerveau est une cage, et vous êtes votre propre gardien de prison, surveillant les périmètres de pensée autorisés. L'illusion nourrit la dépendance, et la dépendance a besoin d'un approvisionnement constant en illusion. "Uncut Gems" montre cette boucle de rétroaction de clôture électrifiée comme aucun autre film de mémoire récente. C'est atroce et exaltant.

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