Mais Nicolas, il veut pas qu'on l'embête...

Avis sur Une affaire de goût

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J'aimais beaucoup Bernard Rapp, le journaliste. Son flegme british, son intelligence, son calme, sa hauteur de vue et son élégance - autant de qualités qui le disqualifieraient sans doute aujourd'hui. Autre époque...
(Oui, je sais, ça fait un peu réflexion de vieux con, mais osez dire que j'ai totalement tort, pour voir !)

Le réalisateur de cinéma s'est avéré à la hauteur du journaliste. Si je ne me souviens guère de Tiré à part (sinon de la présence magnétique de Terence Stamp), j'apprécie sans réserve son deuxième film. Une histoire d'emprise psychologique, une spirale infernale dont le courant, faible au départ, anodin d'apparence, finit par entraîner sans répit ni espoir de sauvegarde ceux qui ont le malheur de s'y laisser porter.

D'emblée, Bernard Rapp et son scénariste Gilles Taurand ne jouent pas la carte du suspense. Dès les premières images, on sait qu'un drame s'est produit, et que Nicolas Rivière (Jean-Pierre Lorit, confondant de justesse) en a été le protagoniste. Le film se construit dès lors entre les scènes d'interrogatoire menées par le procureur (imposant Jean-Pierre Léaud, qu'on aurait presque aimé voir plus) avec les acteurs de l'affaire, et des séquences reconstituant les faits.
L'efficacité du procédé donne une grande fluidité au récit, permettant de prendre des raccourcis sans choquer, et de focaliser le spectateur sur l'analyse du phénomène d'emprise, sur l'effarante dégringolade psychologique dont sont victimes Nicolas, mais aussi son bourreau, Frédéric Delamont, incarné avec puissance et jubilation par un Bernard Giraudeau éblouissant. Il se glisse dans la peau de ce pervers manipulateur sans esbroufe, avec une simplicité qui le rend d'autant plus effroyable.

Le film doit beaucoup, du reste, à la justesse du duo d'acteurs principaux, la ressemblance entre Lorit et Giraudeau troublant plus d'une fois. Autour d'eux, Florence Thomassin apporte sa révolte salutaire, et les autres seconds rôles (Artus de Penguern, Laurent Spielvogel, Charles Berling) jouent juste des partitions apparemment en retrait. Mais on sait que, dans une bonne symphonie, tous les pupitres ont leur importance, même les plus modestes.

Les premiers plans font craindre une réalisation plutôt dignes d'un téléfilm France 3, surtout avec ses titres à la limite de l'amateurisme. La suite, heureusement, détrompe cette mauvaise impression initiale. Discrète, la mise en scène capte avec élégance les moindres nuances de jeu, et se sort honorablement d'une économie de moyens manifeste.

Bernard Rapp réussit donc un film à son image, qui se revoit avec plaisir, tant goûter à l'intelligence est un privilège dont on peut se resservir sans modération.

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