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Une éducation par Cyann Kairos De Ligre

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Un film curieux d'une grande beauté plastique.
Un thème classique avec une trame et un final assez prévisible, mais d'une grande grâce et d'une délicatesse de mise en scène qui éteint rapidement l'ennui de cette histoire convenue.
Jenny, élève brillante et séduisante de 16 ans, noyée par l’univers morne et tranquille de ses études, de la compagnie de ses amis bien moins matures et passionnés qu'elle, des attentes de réussite de ses parents, attend de vivre en s'étourdissant scolairement.
Sa rencontre avec Danny, riche juif 2 fois plus âgé qu'elle, va bouleverser tout ce petit train train quotidien qu'elle affectait d'embrasser avec enthousiasme faute d'alternative à sa vie adolescente.
L'astuce de la réalisation, c’est d'avoir su ménager cet homme.
C'est un charmeur, un vrai. un de ceux dont on pardonne les frasques, un de ceux qui imposent le silence dans toute réunion car sa parole prédomine. Il n'a pas l'éducation de l’héroïne, mais sait être raffiné, prévenant, touchant... et puis il est beau, bien habillé et d'une grande classe formelle.
Bref, loin de l'image habituel du pervers amateur de jeunes filles en fleur qui est développé habituellement dans ce genre de récit.
C'est un monde de fantasme et d'émerveillement qui s'ouvre dès lors à Jenny, un monde d'aisance que ne peuvent lui offrir ni ses parents, ni ses rêves de réussites. elle l'aime, il est beaucoup, tout, trop peut être pour elle...
Il y a un certain malaise à constater avec la facilité à laquelle sa famille accepte cette fréquentation, du moment que cela puisse aider leur fille à se placer dans la société. On n'est pas loin d'une sorte de prostitution pour la réussite, l'important après tout c’est de respecter une sorte de convenance sociale "so british"
Ce qui est frappant également, c'est l'apparente aisance relationnelle qui s’établit, personne ne remet en question leur différence d'age, cela engendre même beaucoup de jalousie parmi les amies de Jenny.
Les signaux d'alarmes viennent uniquement de sa professeur de littérature et de sa directrice.
La fin sera amer, évidemment, source de désillusion amenant à une maturité de vie, de la transformation de l''adolescente rêveuse et amoureuse à une jeune femme décidé à prendre en main son avenir.
Sa vivacité d'esprit, sa jeunesse, son appétit de vivre, son amour, sa première vrai passion, tous ce qu'elle a offerte à David avec naïveté, ne pourra combler le vide de son existence et excuser la lâcheté des choix de ce dernier.
La morale y est peu commune. D'ordinaire elle s'acharnerait sur la liaison, sur la voix superficielle et aveugle qu'a suivie Jenny dans sa romance, lui conseillerait de rentrer dans le droit chemin et aspirer à devenir une épouse bien comme il faut dans cette Angleterre des années 60. Il en est tout autrement: apprend, étudie, prend ta vie en main et parce que tu es femme, sois indépendante et ne te laisse pas enfermer ni abimer par les hommes, sois forte.
Une morale et une leçon féministe finalement qui tranche radicalement avec le sujet du film.
Ce qui me touche à travers cette romance, c'est l'aspect métaphorique des saisons qui passent dans la temporalités des sentiments et la fluctuation des comportements des protagonistes.
Une très belle mise en scène et des acteurs de qualités apportent beaucoup d’intelligence à ce film.
On aime avec jenny, on souffre avec elle.
On pourrait cracher sur David mais on a plus envie de le plaindre, c’est lui assurément la victime de ce jeu de dupe, victime de sa lâcheté, victime de sa solitude, victime de son manque de volonté...

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