Desperate housewife

Avis sur Une femme sous influence

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De Cassavetes, je n'avais vu que Shadows et Faces, deux films qui, s'ils étaient notables pour leur vivacité et leur authenticité, m'avaient tout de même perdu en route par leur côté bordélique (en grande partie dû à l'improvisation d'influence jazz, semble-t-il), désiré mais mal maîtrisé.

Une Femme sous influence poursuit la recherche stylistique du réalisateur, mais ici, aboutie. Le film transpire de vie et de sincérité. Les acteurs, au centre du processus filmique, sont réellement magnifiques que ce soit la performance magnétique de Rowlands ou celle désespérée de Falk. Les rôles secondaires n'en sont pas moins formidables contribuant aux séquences les plus belles et les plus justes du film : le repas avec les collègues, les rôles de la mère et du médecin durant la crise de Mabel ou encore, et surtout, les enfants. La scène durant laquelle la mère les borde est tout simplement, pour moi, la plus touchante du film, l'une des plus poignantes qui m'ait été donné de voir au cinéma, et je dois avouer que mes yeux m'ont lâché à ce moment.

Le geste artistique de Cassavetes est donc entièrement dirigé par la place de ses personnages, par ailleurs, bien plus importante que la narration elle même, jonchée d'ellipses et de non dits. Ce qui semble intéresser le réalisateur, c'est le corps, sa prégnance dans le cadre, dans le décor. Sa mise en scène ne fait que servir cette vision. Souvent subtile, invisible parfois, mais toujours présente. L'utilisation des surcadrages, par exemple, intensifie imperceptiblement les rapports entre les protagonistes. Il suffit que Nick soit dans l'encadrement de la porte coulissante pour saisir sa dominance. Il faut souligner aussi le rythme du film, guidé par un montage libre, le jeu sur les gros plans, son caractère charnel, les réponses entre le hors champ et le champ ou encore le flou, soulignant sa plasticité. Je pense notamment à la crise de Mabel, que Cassavetes refuse de nous montrer frontalement, comme par pudeur et renforçant paradoxalement le malaise du spectateur, la suggestion étant toujours plus puissante que la monstration. On ne verra au final qu'un corps, indistinct, nébuleux, à l'image de la conscience du personnage qui semble s'évaporer petit à petit...

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