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La puissance de l'image

Avis sur Videocracy

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Critique publiée par le

Dans Videocracy, Erik Gandini dresse un portrait assez terrifiant de l’état du paysage télévisuel en Italie de ces dernières décennies. L’équation est terriblement simple. La population, ici italienne, utilise la télévision de manière passive et irresponsable, sans se douter du terrible pouvoir explosif qu’elle représente, ce qui la plonge dans un cercle vicieux qui tire la culture du pays vers le bas. C’est une lucarne qui pénètre au cœur de l’intimité pour déverser un flot d’images qu’il est impossible de contrôler autrement qu’en changeant de chaines. Face à la télévision, on est totalement passif et désarmé.

Dans le cas de l’Italie, la télévision entretient des liens fusionnels avec les hautes sphères du pouvoir, dont Berlusconi lui-même, et lui donne de ce fait une dimension de véhicule idéologique direct. Berlusconi possède la quasi-totalité de la télévision italienne, y injecte ses lubies, ses traits de personnalité, sa mégalomanie, ses vices et ses dérives. La télévision est partout, donc Berlusconi est partout, influençant les pensées de millions de téléspectateurs. Le rapprochement avec les méthodes des régimes dictatoriaux à travers l’histoire se fait de lui-même, à travers le culte de la personnalité et le musellement de la pensée critique par la propagande. On voit d’ailleurs très bien transpirer dans ce documentaire des dérives néo-fascistes nauséabondes, des méthodes orchestrées, plus incisives, plus insidieuses tapant au cœur du fantasme collectif et faisant basculer rapidement les esprits les plus vulnérables. Se crée alors une masse de plus en plus homogène, une multitude sans individualité gavée d’images sordides qui peut tirer un pays entier vers un point de non-retour avant même de s’en rendre compte.

Une autre chose assez alarmante que révèle ce documentaire, c’est que si on y met les formes et les moyens, les gens goberont tout ce qui passera sous leurs yeux avides. Ils n’auront qu’à se chercher des excuses pour justifier le spectacle frôlant souvent le mauvais goût et plongeant dans la bêtise et le malsain. Plus le nombre de spectateurs est grand, plus ils se sentent légitimes de regarder des émissions de plus en plus scabreuses et scandaleuses. L’endoctrinement est méthodique et organisé, surtout lorsque le médium est aussi populaire que l’est la télévision.

La forme du documentaire est cependant bien trop décousue et l’empêche de réellement rentrer dans le cœur du sujet. Les séquences des différents protagonistes sont alternées de manière injustifiée et n’ont pas vraiment de lien entre elles car elles abordent différents aspects du sujet. Sur le fond, Le principal reproche qu’on pourrait finalement faire à ce documentaire est qu’il oublie de préciser que la télévision est un outil inerte qui devient ce qu’on en fait. On reste maître de sa manière de consommer la télévision tant qu’il nous est possible de garder du recul sur celle-là, ce qui se fait essentiellement en prenant l’information par le biais de multiples médias, dont l’Internet (la liberté du web me semble de plus en plus primordiale dans la capacité des peuples à s’émanciper).

Tant qu’il n’existe pas de mesures coercitives pour museler la pensée individuelle et la diffusion culturelle, on reste toujours maître et responsable de sa consommation d’images et d’informations, quand bien même la production télévisuelle sombrerait toujours plus dans la médiocrité et le facilement consommable comme elle s’y emploie dans notre bel hexagone...

A bon entendeur.

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