Un film sans âme

Avis sur Vivarium

Avatar MadMonkey
Critique publiée par le

Je me souviens qu'avec quelques amis nous nous étions fait la remarque que l'on était enfin face à une bonne bande-annonce : une BA qui n'en dit pas trop, évoque juste les thèmes et le début du film sans en dire trop. Et pour cause : c'est parce qu'il n'y avait rien d'autre à raconter !

Si Vivarium est un échec, c'est parce qu'il n'a qu'un contenu très pauvre. Passé le début du film, une mise en bouche correcte avec quelques scènes intéressantes comme l'ouverture, ou encore celle de l'accueil par le promoteur immobilier (qui annoncent un film maîtrisé, inspiré, et réglé au cordeau !), le cadre est posé et il ne se passe strictement plus rien.

Toute la partie centrale du film (qui représente en fait 80% de celui-ci ...) est basée sur la répétition. Oubliez l'idée de climax, ou de contenu : on est sur un film plat, vide, qui rabâche sans arrêt son idée de départ sans jamais s'aventurer dans quelque chose de risqué, personnel, et original.

La même scène va ainsi se répéter avec une lenteur indigeste. Lorsque le seul contenu du film est la répétition, c'est qu'il y a une sérieuse faiblesse d'écriture. Le plus frustrant est que Vivarium balance quelques idées par ci par là, évoque quelques interrogations, aborde l'idée qu'il pourrait y avoir une énigme derrière tout ce foutoir. Mais c'est là un des échecs les plus radicaux du film puisque cela aurait réellement pu y rajouter de la substance : là où certaines œuvres parviennent avec inventivité à nous donner des énigmes sans nous donner sur un plateau d'argent toutes les clefs pour les résoudre, Vivarium ne fourni ni les énigmes, ni les clefs pour les résoudre. Il l'évoque simplement, et laisse le spectateur sur sa faim.

En terme de faiblesse d'écriture, je vous passe les détails. Je regrette en particulier que le côté labyrinthique ne soit pas plus exploré que ce qu'on en voit dans la BA. Il y avait des tonnes de choses à montrer et raconter que l'on ne verra jamais (j'ai vraiment du mal à croire que les personnages n'aient rien foutu pendant autant de temps, rien tenté du tout ...). Le coup du jardinier qui attend 98 jours dans une maison où il n'y a rien à faire avant de penser à creuser un trou avec sa pelle ... Bon ... Un peu léger.

même la mort des personnages survient sans aucune émotion. On peut cependant estimer que cela est voulu puisque le message du film est finalement qu'on vit et meurt sans avoir réellement existé ...

Vivarium se rattrape cependant de l'échec total par une mise en scène séduisante, épurée mais dérangeante. On sent le bas budget, mais à ce niveau c'est relativement maîtrisé et jamais grossier. Ouf ...

Rempart contre le nihilisme capitalistique, il fait passer son message avec la finesse d'un ogre, c'est-à-dire, aucune. Il est drôle de remarquer qu'il m'a fait penser à mon film favori, American Beauty, sorti en 99. Plus de 20 ans plus tard, Vivarium se propose et n'ajoute strictement aucune matière à un film comme AB. Les idées sous-jacentes du film sont en effet très simples et toutes explorées de façon beaucoup plus subtiles et passionnantes dans AB : le capitalisme rend fou, il consomme la vie des être humains comme nous consommons des produits, et nous conforme à vivre une vie sans saveur et sans intérêt. Allez donc plutôt regarder ce chef d'oeuvre qu'est American Beauty, au moins vous ne perdrez pas votre temps !

Les acteurs peuvent se débattre tant bien que mal pour rattraper une scénario qui tient sur 10 pages, mais ils n'y parviendront jamais. L'enfant est bon, et parvient à être réellement insupportable, mais encore une fois il manque de finesse et on dirait qu'il a été écrit par un enfant justement. Il n'a que deux comportements : la voix dérangeante avec laquelle il répète les phrases de ses parents de substitutions (d'ailleurs Imogen Poots répète au moins 10 fois dans le film que ce n'est pas sa mère, bon ... ya eu économie sur les dialogues ?) et les cris insupportables qu'il pousse lorsque les parents n'ont pas répondu à ses besoins. Quand je vous disais que ça manquait de finesse ...

Coup de grâce : la fin est hyper prévisible, et se devine dès le premier tiers du film lorsque l'on voit la tête de l'enfant après son premier cycle de croissance ... Lorsqu'enfin on sent la fin arriver et que quelques nouvelles pièces se mettent en place, on est sur le qui-vive, à attendre enfin quelques éléments à se mettre sous la dent ... Qui ne viendront jamais.

L'enfant, devenu adulte, lorsqu'enfin la mère réagit comme n'importe qui aurait réagi bien avant, s'enfuit dans une sorte de monde parallèle souterrain (les seules 5 secondes intéressantes de toute la partie centrale et finale du film). Il y a pour moi une petite évocation des films/bouquins "It". Rien de renversant cependant ...

On pourrait arguer que l'objet filmique est du même gabarit que le système qu'il critique : sans saveur, aseptisé, répétitif, ennuyeux. Mais si telle était la volonté de l'auteur, il aurait gagné à un peu plus d'audace, une mise en scène encore plus acerbe, avec une présence beaucoup plus assumée de la folie. Et surtout de rendre son film réellement psychédélique et énigmatique, pas de juste en évoquer l'idée !

Au final, ce film souffre de ce que j'appelle le syndrome du long-métrage : Vivarium aurait pu être un fabuleux court-métrage de 25mn environ, mais fait office de très mauvais long-métrage. Tant pis.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1533 fois
29 apprécient · 1 n'apprécie pas

MadMonkey a ajouté ce film à 2 listes Vivarium

Autres actions de MadMonkey Vivarium