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We Need to Talk About Kevin par QuatreFromages

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Chez un réalisateur, la justesse, l'émotion sans partialité, le sentiment sans jugement sont les qualités que j'apprécie le plus et Lynne Ramsay a fait preuve de tout cela dans We need to talk about kevin. La finesse et la suggestion, ses alliées, la mènent jusqu'au bout de son sujet en un minimum de mots, sans sentence péremptoire. Comme Kévin, elle ne perd jamais de vue sa cible. Le langage de la caméra est à ce point maîtrisé qu'on ne devine même pas (du moins aux yeux de l'iconoclaste comme moi qui ne l'a pas lu) le livre derrière. Ce n'était pourtant pas un sujet de film, cette relation sans amour, cette haine froide et sans rage, foncièrement anti-cinématographique.
L'audace esthétique de l’œuvre est pleine de contrôle ; le montage déstructuré n'est jamais décousu, les plans aux angles et aux focales inattendus sont toujours lisibles et sensés ; les lenteurs constituent un rythme, une respiration, mais jamais une hésitation.
Ezra Miller (ainsi que ses "doublures" pour les rôles d'enfance, qui sont parfaitement choisies) et Tilda Swinton forment un duo acerbe et glacial, très fins dans leur égoïsme mal assumé, leur perfectionnisme discret. Deux pointures que je connaissais mal : Miller, je l'avais découvert dans The Perks of being a wallflower (ce qui est un anachronisme), un autre coup de cœur, et Swinton, je ne l'avais jamais remarquée avant Only lovers left alive (il était temps !). Je ne pourrai plus jamais ne pas les voir, désormais.
Au-delà de ces aspects formels, le propos m'a touché. Comme je le disais pour ouvrir cette critique, parler des êtres humains sans jugement est l'une des choses qui m'émeut le plus : quoi de plus beau, de plus émouvant que de se souvenir que nous sommes des animaux voués à la décomposition ? (Au passage, ce ne doit pas être un hasard si Eva semble être anthropologue). Le pari réussi, c'est d'avoir trouvé dans la relation mère-fils (dans cette relation et nulle part ailleurs)

tout le terreau d'une cruauté sans limite, d'une violence aveugle, calculée et injuste, sans que ni la mère ni le fils ne soient pointés du doigt. Victimes de leur incompatibilité. Loin, également, l'argument éculé du "blame society" - pas d'arme à feu, pas de trash metal ou de signe nazi, pas de gangsta rap, pas de téléréalité, aucun des arguments d'un Michael Moore. Loin, toute forme de réquisitoire. Que de l'humain, au sens d'"animal social". C'est dans ce parti pris que s'installe le germe de la beauté, et le geste final du film lui permet d'éclore sans entrave.

Pour moi, c'est somptueux.

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