The Sound of Silence

Avis sur Wind River

Avatar Marvellous
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Musique.

La fausse première arrivée de Taylor Sheridan derrière la caméra (après un premier métrage passé sous silence par l'auteur même) est sûre de marquer les esprits. En parfaite harmonie avec la trilogie cachée formée de Sicario, Comancheria et Wind River, ce dernier intègre les mêmes thématiques que ses prédécesseurs, à savoir les fractures profondes d'une Amérique perturbée dans un choc social (Comancheria et Sicario aux premiers abords) et ethnique. Sheridan, qui scénarise à nouveau cette dernière pièce du triptyque, forge un thriller dramatique noir sous haute tension.

A contrario de ses deux aînés, Wind River ne bénéficie pas forcément d'une mise en scène incroyable, mais se concentre surtout sur ses personnages tout en profitant des magnifiques paysages de l'Utah. A son habitude, le scénariste développe des personnages torturés et désespérés, et il pose (une nouvelle fois) la question de la justice. Là où il fallait craindre une certaine redite des thématiques chères aux yeux de Sheridan, finalement Wind River se démarque assez remarquablement en ayant son propre souffle.

La force des personnages réside dans leur écriture, brutale et réaliste. En se débarrassant de tous les clichés possibles dans ce genre (romance naïve ou twist non nécessaire qui prouve que le seul intérêt du film est souhaité dans sa fin), les protagonistes peuvent respirer leur plein potentiel. Elizabeth Olsen (dont le parallèle avec le personnage interprété par Emily Blunt dans Sicario est évident) et Jeremy Renner, plutôt habitués aux blockbusters dernièrement, forment un duo intéressant et juste. De manière générale, la direction d'acteurs est assez remarquable pour chacun d'entre eux (même pour certaines n'ayant qu'une apparition). Ainsi, le métrage ne se focalise finalement pas sur son enquête, qui n'est qu'un prétexte à l'expression de ses thématiques, mais sur ses protagonistes. A l'instar du cinéma de James Gray, Wind River pousse à bout ses protagonistes, le tout dans une tension omniprésente. Car c'est avant tout cela qui caractérise les films scénarisés par Taylor Sheridan jusque là. Une ambiance électrique qui peut à tout instant éclater, une maîtrise incroyable du montage et une écriture adéquate pour un thriller. Wind River est par ailleurs la définition même du thriller : Il utilise parfaitement le suspense et la tension narrative pour provoquer chez le spectateur une excitation ou une appréhension de manière à le tenir en haleine jusqu'au dénouement de l'intrigue. Une intrigue plutôt récurrente et sans réelle prise de risque, mais qui suit la logique du propos du métrage. A l'instar de ses prédécesseurs, on retiendra principalement deux ou trois scènes dans Wind River, des scènes qui mettront d'accord la majorité des spectateurs par leur réalisation intense. C'est exactement ce genre de cinéma qui procure des sensations comme on aimerait en ressentir plus souvent.

En utilisant un moyen scénaristique assez facile malgré qu'il soit bien amené, Sheridan risque de se faire des ennemis. Pourtant, il est assez difficile de s'imaginer comment il aurait pu en être autrement. Il en va de même pour la résolution de l'intrigue.

En concluant entièrement lui même la trilogie critique de l'Amérique, Taylor Sheridan prouve qu'il est une des stars montantes d'Hollywood. Ses scénarios, glaçants, sans espoirs et sincères, trouvent leur essence dans des thématiques redondantes mais toujours aussi intéressantes. Sans égaler la mise en scène de Villeneuve, Wind River reste un des métrages les plus aboutis visuellement et scénaristiquement de l'année. Aidé par un excellent casting et une bande originale frénétique, Wind River est un franc succès.

L'attente pour Soldado va être longue.

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