Wind River : un premier thriller maîtrisé

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Connu pour son travail de scénariste sur Sicario de Denis Villeneuve et Comancheria de David Mackenzie, Taylor Sheridan s’essaye à la réalisation avec Wind River. Un premier long-métrage qui prend la forme d’un thriller, plongeant le spectateur dans une enquête policière visant à résoudre le meurtre d’une jeune adolescente dans les contrées glaciales du Wyoming.

Une des grandes réussites de Wind River, que l'on peut soulever d'entrée de jeu, est son atmosphère faite de sobriété, de retenue et d’une tension sous-jacente et permanente. Transportés dans les plaines désertiques et enneigées du Wyoming, le spectateur observe, désarmé, la lente agonie d’une jeune femme fuyant une menace invisible. Une séquence éprouvante qui établit d’emblée l’un des propos centraux du film qu’est celui de la dure loi de la survie régissant cet environnement hostile à l’homme : toute erreur de calcul peut conduire à la mort comme la mauvaise appréhension des êtres qui nous entourent, chaque relation étant ici soumise à un jeu de pouvoir notoire. Un monde dans lequel même les battants peuvent faillir, à l’image de cette victime ayant parcouru dix kilomètres dans un froid inhumain, cherchant à fuir son/ses assaillant/s et à retrouver les siens. De cette jeune femme ne demeure qu’un corps inerte, livré aux prédateurs et au froid, que ne tardera pas à découvrir Corry Lambert, chasseur chargé d’éliminer les loups, jaguars et autres prédateurs « menaçant » l’homme et ses troupeaux.

Un personnage intéressant, caractérisé par sa retenue et son mutisme, représentatif des autres habitants de la région. Des hommes et des femmes habitués à la rudesse de leur environnement et dont chaque acte s’apparente à un combat et à un acte de survie. Un mode de vie marqué par la sobriété et la mesure, représenté dans la forme même de l’œuvre de Sheridan dont on peut souligner la maîtrise et la méthode, seulement affaiblie par quelques rares égarements stylistiques. À ce titre, les scènes « immersives » caractérisées par l’utilisation d’une caméra portée alourdissent le film et se révèlent largement dispensables. Une « grossièreté » à laquelle n’échappe pas le personnage de l’agresseur, figure poussée à l’extrême par Sheridan qui ne nous épargne guère des répliques et actions clichées et peu crédibles, portées par un acteur dont la légitimité est de ce fait contestable. Hormis ces erreurs, la direction des interprètes se montre pertinente, à l’image de celles d’Elizabeth Olsen et Jeremy Renner. La première affirme ici la justesse avec laquelle elle choisit ses rôles, à l’image de sa précédente collaboration au film Martha Marcy May de Sean Durkin. Dans Wind River, l’actrice incarne une agent du FBI forte d’un caractère bien trempé et d’une répartie à toute épreuve, parfaite partenaire de Corry Lambert, interprété avec brio par Jeremy Renner dont on pouvait déjà souligner la maîtrise dans Premier contact de Denis Villeneuve (encore lui, oui !).

Basé sur un casting très bien sélectionné, dans lequel il faut relever le rôle du shérif local joué par Graham Greene, Wind River s’affirme comme un thriller efficace et réaliste. À ce titre, la scène de flash-back retraçant les derniers instants de Natalie, victime centrale de l’œuvre, est particulièrement bien introduite. Caractérisée par son réalisme et sa cruauté, cette séquence renforce la compassion éprouvée par le spectateur à l’égard de la défunte mais aussi de ses proches, touchés par sa disparition. Un événement qui réunira deux pères dans le deuil, Corry ayant lui-même expérimenté la perte de sa propre fille quelques temps auparavant. Des faits tragiques qui rappellent avec un pragmatisme non dénué de sensibilité que le plus grand prédateur de l’homme n’est autre que son semblable, bien plus dangereux que les proies traquées par Corry au début du film. Un premier long-métrage globalement réussi même si il n’échappe pas à quelques scènes stéréotypées, solidement appuyé par l’interprétation du duo Olsen-Renner. À voir !

Scotchés

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