De l’importance du build-up de la tension et de ménager des surprises à son spectateur - (Spoil)

Avis sur Wind River

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Au bout d'une petite heure de film assez convenue, la réaction épidermique des agents de la société de forage trahit déjà leur implication dans cette macabre affaire. Le film n'est jusque-là pas foncièrement désagréable, mais n'a pas grand chose à faire valoir dans un genre aussi concurrentiel que le western, en dehors de son contexte hautement problématique et ses vastes étendues gelées. Jeremy Renner égal à lui même fait ce qu'il peut, avec son personnage renfrogné et complètement abîmé (dans tous les sens du terme). Le petit rayon de soleil jusqu'à présent c'est celle que je surnomme "la bonne soeur Olsen", Elizabeth de son prénom. Elle est invitée à frapper sur la porte d'un bungalow où toutes les lucarnes sont closes. Cut.

Un homme s’apprête dans une salle d'eau, ceint d'une simple serviette autour de la taille, lorsqu'il est interrompu par les quelques coups retentissant sur la porte. Il s'y dirige promptement, ouvre la porte et surprise, il fait désormais nuit et la jeune femme qui demandait à entrer n'est plus l'inspectrice du FBI, mais une jeune métisse. Le twist, l'instant où le film bascule en interrompant sa diégèse pour se concentrer sur ce simple flashback, ce simple raccord, cette surprise artificielle dont on ressent dès les premières secondes le malaise, est l'électrochoc que j’attendais depuis le début du film. La complicité des amants parvient à dissiper temporairement cette boule au ventre quand l'imprévu va mettre à mal l'intimité du jeune couple. Des moteurs vrombissent puis cessent leur vacarme.

Les collègues de Matt, le petit ami que tout le monde cherchait depuis le premier tiers du film et dont le cadavre nu laissé à la merci des charognards était retrouvé quelques minutes auparavant sur le timer, vont saper l'ambiance. La boule au ventre revient.
L'un d'eux, particulièrement éméché, devient un parangon de lourdeur. Les avertissements pleuvent, la tension monte en flèche, puis une étincelle met le feu aux poudres. Le choix de montrer l'horreur de ce qu'il est advenu ce soir n'est pas trivial puisqu'il n'était absolument pas nécessaire. Bien avant cet instant, les froides constatations du légiste ne donnaient que peu de latitudes aux interprétations. On voudrait en vain que le peu de beauté qui surnage de ces étendues glacée ne meure pas. La pudeur d'une énumération des faits ou d'une simple confession aurait fait l'affaire dans n'importe quel autre film policier, mais le réalisateur tenait à montrer la bestialité, l'inhumanité de la scène et de ses acteurs, susciter plus de dégoût que nous n'en aurions déjà à ce stade du récit. Trop à mon goût pour simplement justifier la future punition du vigilante. Cut.

Flashforward : nous revenons à notre intrigue initiale. La soupape ne suffit plus, c'est l'explosion.
Un tir de fusil à pompe traverse la porte et projette l'inspectrice au sol, tout le monde vide son arme dans un charnier spectaculaire dont peu pourront se targuer de conserver la vitale chaleur.

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