Renaître de ses cendres pour mieux s'immoler...

Avis sur X-Men : Dark Phoenix

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J'évite le plus possible d'être cynique envers le cinéma et les mauvaises manies d'Hollywood. Tout simplement parce qu'au moment d'entamer le visionnage d'un film, je veux ressentir une expérience positive et je m'y accroche, même en partant avec un mauvais pressentiment. Mais parfois, je ne peux que comprendre ceux qui finissent par adopter une attitude des plus blasées, anticipant le désastre à venir pour tel ou tel produit avant même de l'avoir vu. Ainsi, j'ai beau être moins tatillon par rapport aux exigences de purs cinéphiles rodés à l'exercice et globalement conciliant envers les films de super-héros, l'aveu d'échec doit être prononcé. Je l'ai fait pour Venom, qui a réussi à devenir plus insultant envers son personnage que le pourtant conspué Spiderman 3 et son traitement minimum. Je m'y emploie de nouveau ici, avec la saga X-Men et ce Dark Phoenix qui réussit une performance que l'on pensait hors d'atteinte : faire pire que X-Men 3.

Petite contextualisation nécessaire : X-Men est une licence de comics respectée de par sa richesse thématique, les mutants servant de métaphore et d'illustrations à un bon nombre de discriminations, incompréhensions et mésententes sociétales et politiques, celles d'hier comme d'aujourd'hui. Ce qu'avait très bien compris la première adaptation cinématographique en 2000, démontrant que l'on pouvait parler de super-héros avec sérieux et seconde lecture. Un film précurseur qui, à l'heure où la majorité des longs-métrages du genre sont davantage portés sur le divertissement spectaculaire inoffensif, ne peut que davantage recueillir les suffrages, en plus d'avoir offert aux yeux de beaucoup la plus parfaite incarnation d'un super-héros sur grand écran. Or X-Men 3 commit l'impair d'avoir un potentiel immense entre ses mains et de le balancer à notre figure avec un dédain assez insultant, au point d'être l'opus le plus détesté de la saga, spins-off exclus.

Cela étant, si je partage le sentiment général envers l'Affrontement Final, je me devais de lui reconnaître ses qualités, notamment plusieurs scènes spectaculaires encore efficaces aujourd'hui, quelques moments d'émotion justes grâce au développement des films précédents, des idées ici et là tout à fait pertinentes (hélas vite expédiées) et à un casting pratiquement impeccable, représentant idéalement les figures les plus connues de la franchise, en dépit d'une écriture paresseuse. S'il reste un mauvais film, incroyablement décevant et manquant de respect envers le matériau de base (sans parler du comportement déviant de son réalisateur mais c'est un autre problème), il n'était pas à mes yeux une bouse innommable avec aucun élément à sauver.

Ceci dit, nous voici avec Dark Phoenix, quatrième opus de la deuxième vie de la franchise. Celle-ci avait apporté une fraîcheur bienvenue et retrouvé son commentaire politique/sociétal pertinent avec First Class et Days of Future Past (mes deux films X-Men préférés, toujours sans compter les spins-off), tout en offrant avec celui-ci une fin digne pour l'ère des années 2000. Puis vint Apocalypse qui amorçait déjà une direction peu séduisante mais pouvait compter sur un casting dans l'ensemble solide, des personnages attachants et offrait un divertissement toujours appréciable en dépit d'une substance réduite à peau de chagrin. Ce qui fit qu'à l'annonce de Dark Phoenix, je n'étais plus emballé, guettant une nouvelle régression. Mais fidèle à l'état d'esprit évoqué en début de critique, je voulais lui donner sa chance, ayant déjà été surpris en bien par le passé (The Amazing Spiderman avait calmé mes préjugés par exemple).

Or non seulement Dark Phoenix est un mauvais film en soi, mais il témoigne d'une fatalité très inquiétante qui pousse le spectateur au cynisme tant Hollywood semble pousser ce trait de caractère jusqu'à l'absurde. En effet, là où Days of Future Past souhaitait effacer les conséquences de Last Stand - aussi bien pour le public que pour les personnages du film lui-même - Dark Phoenix reproduit pratiquement les mêmes erreurs que cet opus, avec une couche d'incompétence et/ou de flemme derrière ! Quand on sait que le réalisateur/scénariste a justement participé au script des deux films susnommés, l'ironie est complète.

Faisons une check-list. A t-on droit à des idées intéressantes mais sans aucune conséquence ou développement associé ? Bingo. Les soucis d'ego de Charles Xavier, la popularité grandissante des X-Men, l'isolement de la bande à Magneto sur une île et bien entendu les angoisses de Jean Grey,... tout cela pouvait donner lieu à un ensemble de commentaires pertinents, sans besoin de surligner au rayon Nolan. Le premier arc est conclu paresseusement, les deux suivants sont tout simplement abandonnés en pleine route et le dernier, pourtant le point majeur, est sans cesse désamorcé par une écriture simpliste, ne questionnant pas tous les implications des problèmes d'ordre comportementaux alors qu'elles sont plus que jamais pertinentes en ces temps tendus. Potentiel gâché à nouveau.

A t-on des personnages allant à l'encontre de ce qu'on attend d'eux ? De façon encore plus ridicule puisque pratiquement chaque personnage de premier plan a droit à son retournement de veste. Les plus absurdes sont ceux de Hank McCoy et Magneto, l'un perdant sans build-up tout sens commun après un événement majeur (enfin censé l'être, j'y reviens) et l'autre changeant d'avis comme de chemise, jusqu'à le signaler dans une réplique méritant un face-palm d'argent, décrédibilisant un des personnages les plus respectés et profonds du comics. Je dis bravo. C'est d'autant plus triste que le Fauve, quoique sous-exploité dans X-Men 3, avait eu droit à un meilleur traitement.

Et comme s'occuper de tous les X-Men, c'est fatiguant, va t-on en laisser de côté sans raison alors qu'ils avaient eu droit à un minimum de soin précédemment ? Pourquoi se priver hein ?

Tornade et Cyclope sont aussi transparents que pour la première ère et Quicksilver, personnage des plus attachants (merci Evan Peters) au centre des meilleures scènes des deux derniers films (merci Bryan Singer) et parfait pour faire vendre le film auprès d'un certain public (merci les fangirls ?) disparaît complètement au milieu du récit sans la moindre explication, réapparaissant pour l'épilogue de façon tout aussi gratuite. Je dis bravo, c'est épatant.

Ah et tant qu'à faire, Last Stand tuait un des membres principaux assez tôt dans le récit avec Charles-Xavier ? Bah faisons de même avec Mystique tiens. Ok Jennifer Lawrence n'en pouvait plus du rôle et ça se voyait mais non seulement la mort est précipitée au point de n'avoir aucun impact mais ils se permettent après de calquer une bonne partie de la seconde moitié du récit sur l'optique "rendons hommage à Raven". C'est oublier qu'après une excellente réinvention dans First Class, vous l'aviez petit à petit marginalisée au point qu'elle n'ait plus grand chose à faire ou dire, si ce n'est des phrases éculées qui sonneraient déjà faux pour les autres X-Men mais plus encore pour elle. Donc en quoi devons-nous nous sentir impliqués ? Et je ne parlerais pas de sa réplique féministe qui vaut elle le face-palm d'or tant elle est nanardeque et gratuite.

Le comble de la paresse, c'est que le film va jusqu'à reprendre des passages de X-Men 3, de Jean Grey visitant sa maison d'enfance à Charles-Xavier la manipulant plus jeune. C'est dire qu'ils n'essaient même plus de se cacher ou font mine d'oublier que nous rappeler cet opus n'est en rien une bonne idée !

Tout cela est déjà agaçant en soi mais Dark Phoenix se permet même de rajouter une couche derrière avec ses défauts propres. L'Affrontement Final était lisible niveau caméra et potable côté photographie ? Dark Phoenix est incompréhensible pour la majorité de ses scènes d'action et de plus en plus hideux à regarder au fil du visionnage. Le passage du train est un sommet d'incompétence où ces deux problèmes fusionnent de façon spectaculaire. Last Stand offrait un combat mutants contre mutants un tant soi peu logique ? Dark Phoenix tire de son fondement une méchante qui semble sortie tout droit d'un programme informatique (je parle niveau production mais côté scénaristique ça collerait aussi croyez moi), qui n'a absolument aucun intérêt et se permet de rendre Jessica Chastain aussi mauvaise à entendre que désagréable à regarder. Le plus bel exploit du film probablement.

De manière générale, il semble évident que les acteurs n'étaient pas motivés par ce projet et n'ont fait que le service minimum histoire d'en finir une bonne fois pour toute. C'était déjà palpable avec Jennifer Lawrence mais même Michael Fassbender et James McAvoy deviennent inégaux selon les scènes et ne peuvent sauver l'écriture aux fraises de leurs personnages. A côté Patrick Stewart et Ian McKellen conservaient un minimum de dignité tandis que Hugh Jackman et Kelsey Grammer tapaient juste dans ce bazar ambiant.

En parlant de choses à sauver, je peux en citer quelques unes. Sophie Turner, quoique pas parfaite et ne faisant pas oublier Famke Janssen, fait honneur à son personnage la majorité du temps, lequel est enfin le centre du récit contrairement à Last Stand qui eut le culot de la mettre de côté un temps. Fassbender et McAvoy ont aussi leurs bons moments tandis que l'une ou l'autre scène d'action parvient à convaincre grâce à une bonne utilisation des pouvoirs de chacun, notamment celle dans l'espace. Et quand bien même les idées sont sacrifiées, elles sont au moins mentionnées, ce qui est toujours mieux que de ne pas avoir de propos du tout. Je n'aime pas l'idée d'un Xavier plus irresponsable mais ça peut intéresser et elle avait le mérite d'être plus assumée que dans X-Men 3. Et concernant Jean Grey, quelques dialogues ou propos quant à sa condition, l'exploitation des compétences ou la gestion des problèmes d'ordre mentaux donnent une indication sur comment ce projet aurait pu bien tourner avec plus de soin et d'effort.

Mais nous y voilà. Dark Phoenix est devenu pour moi le plus mauvais opus de la franchise. Par deux fois, elle avait démarré sur les chapeaux de roue pour finir à peu près de la même façon, presque littéralement. Ceci alors qu'elle n'était pas sous une emprise trop castratrice ou protectrice côté production, en comparaison d'un autre géant à qui on reproche une certaine uniformisation mais qui a gardé une cohérence et une ligne directrice de bout en bout pour ses propres films de super-héros. Parce que oui, c'est très étrange de se dire que X-Men sous giron Disney connaîtra probablement une meilleure fin dans sa troisième vie. Après tout les Avengers l'ont bien eu, eux.

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