Dès le générique, on comprend qu'on n'est pas là pour rigoler ! Une musique nerveuse et des gros plans sur des visages patibulaires. ça promet.
Et la scène d'ouverture ne vient pas nous contredire. Lee Marvin et Clu Gulager débarquent d'un pas décidé dans un institut pour aveugles.Quand ils ôtent leurs lunettes de soleil, c'est pour agresser courageusement la secrétaire, aveugle elle aussi. Ils viennent visiblement pour liquider quelqu'un, un certain Johnny North, qui enseigne ici. Celui-ci, interprété par John Cassavetes, non seulement ne paraîtra pas surpris quand il apprendra leur venue, mais il ne va pas s'enfuir : il va les attendre, tranquillement installé à son bureau. Presque content de mourir.
Une fois le travail accompli, un des tueurs (Charlie, interprété par Lee Marvin), est quand même surpris par cette absence de réaction. Officiellement, ils ont tué North car il était parti avec un million de dollars, mais quelque chose ne colle pas dans cette histoire. Les deux criminels vont donc se transformer en enquêteurs et nous, spectateurs, allons découvrir toute l'histoire à travers une série de témoignages qui donneront lieu à des flash-backs.

Après un début tendu, nerveux et brillant, les flash-backs vont faire tomber un peu la tension et vont ralentir le rythme de l'histoire, mais c'est indispensable pour comprendre ce qui arrive. Et le scénario qui se profile est typique du film noir, avec sa femme fatale (magnifique Angie Dickinson), ses truands, et aucun personnage qui ne relève le niveau moral. Quand on songe que les héros les plus "vertueux" du film sont deux tueurs à gages...
On a affaire ici à des méchant, des vrais, des durs. Ils ne sont pas là pour rigoler. Lee Marvin tient magnifiquement ce rôle, jusque dans sa voix sèche, rocailleuse. Son regard pourrait glacer le Sahara. Il est formidable.
Clu Gulager est plus enfantin, tant dans son allure que dans son jeu. Mais il sait être efficace et complète très bien ce couple, dont l'allure homosexuelle est évidente (mais jamais dite réellement, censure oblige).
J'ai toujours du mal avec Ronald Reagan, dont ce sera un des derniers rôles. Quand je le vois, je ne peux m'empêcher de penser au président. Et c'est le cas ici. En plus, je trouve son jeu figé, comme son visage.
Angie Dickinson est remarquable. La séduction incarnée, elle est extraordinaire, son jeu dégage une sensualité à fleur de peau et elle sait parfaitement jouer sur l’ambiguïté de son personnage.
Parmi les apparitions, notons que Don Siegel lui-même fait une petite figuration, et que, parmi les postiers (d'une grande importance dans le film), il y a Seymour Cassell, qui avait déjà joué dans Shadows et qu'on retrouvera souvent sous la direction de Cassavetes.
Un très bon film, très bien réalisé, qui aurait peut-être gagné à être encore un peu plus court.
SanFelice
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le 14 nov. 2012

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