C’était mon premier film nigérian. Je préfère prévenir : je ne connais ni les codes, ni les moyens, ni les attentes de cette cinématographie. Mon avis est donc celui d’un touriste de passage, armé d’un ticket popcorn et de beaucoup de bonne volonté.
Visuellement, A Green Fever fait dans le moyen. Pas vraiment laid, mais franchement pauvre. Pas d’éclats, pas de plans qui marquent : on navigue dans une imagerie assez plate. C’est fonctionnel, mais pas marquant.
La mise en scène sauve l’affaire par moments : il y a un sens de l’espace, des idées de cadrage, une vraie volonté de donner du rythme à ce semi huis clos. Malheureusement, le jeu des acteurs tire dans plusieurs directions. Parfois, leur ton un peu décalé colle parfaitement à la situation ou au rôle qu’ils incarnent – on sent que leurs personnages sont eux-mêmes en porte-à-faux, désaxés, mal à l’aise. Mais à d’autres moments, ce décalage paraît involontaire et tombe complètement à côté, donnant une impression générale assez confuse (dans le mauvais sens).
Le film se vit clairement en deux temps :
- Une première partie qui installe une ambiance sonore de suspense honnête, un chouïa au-dessus de la moyenne, et qui maintient l’intérêt.
- Puis une dernière partie qui se casse un peu la figure. Le fameux plot twist censé relancer la machine ressemble à une dissertation mal apprise : on comprend l’intention, mais ça ne tient pas debout. On dirait le travail de quelqu’un à qui on a expliqué les films de Nolan à l’oral… sans jamais lui en montrer un. Résultat : une pâle copie dispensable de ce qu'Hollywood nous propose déjà à outrance.
Et la scène finale… difficile de ne pas y voir une sortie de route. Elle a tout d’une œuvre étudiante : maladroite, inachevée, comme si la copie avait été rendue avant la dernière relecture. Autant je n’ai rien contre les fins ouvertes – au contraire, quand elles sont maîtrisées ça peut être brillant et provocateur – mais là, ça ressemble plus à une fin gribouillée dans le couloir a la dernière seconde qu’à une vraie proposition de cinéma. Résultat : on sort du film avec la sensation d’avoir suivi une promesse inaboutie.
En résumé, A Green Fever n’est pas une catastrophe, ni une perte de temps. On sent l’envie, l’effort, quelques intuitions de mise en scène, mais on ressort avec l’impression d’un brouillon plus que d’un film abouti. Un thriller qui tente de boxer dans la catégorie des grands, mais qui finit KO tout seul en trébuchant sur le tapis.