L'attente était grande après la claque Tree Of Life en 2011, véritable opéra poétique sur la création, la nature, la grâce et la mort. Sublimé à l'écran par une mise en scène qu'on avait plus vu depuis Kubrick.

Pour être honnête, je suis fou de l'univers de Malick. J'aime son vocabulaire, j'aime son esthétique, la façon singulière qu'il a de filmer ses acteurs, avec cette "extériorité-détachée", qui confère aux personnages un côté impalpable, étrange et fascinant.
Ne donnant que peu de crédit aux critiques de presses, je partais avec mon enthousiasme intact et l'excitation au cul, au moment de le poser sur le fauteuil du cinéma.

Quelle ne fut pas ma déception au bout d'une heure passée dans la salle de projection.
Personnages creux, aucune possibilité de s'attacher à eux, caméra insupportable qui ne cesse de tourner pour rien (nausées garanties). On en sort avec l'horrible impression de s'être fait niquer, d'avoir vu une sorte d’appendice encrassé du film précédent, d'avoir assisté à la célébration de l'égo d'un réalisateur qui se complaît dans des substances vides.
Malick gravite autours de ses personnages sans passion, comme s'ils faisaient partis du décors (alors que dans Tree of life, le "décor" répondait à l'exigence du scénario, malgré tout ce qu'on a pu lui reprocher.)
On a du mal à croire qu'il ait cru une seconde à son histoire, aucune des situations n'est crédible (moment de gène intense sur la séquence entre Ben Affleck et Rachel McAdams - qui incarne avec brio ce que j'appelais le "décor", insupportable et anecdotique - dans une séquence bête à en crever, putassière et d'une niaiserie sans égal).

Mais dans ce déluge auto-parodique, qui oscille entre idées creuses et acteurs sous anxiolytiques subsiste quelques rares moments de grâce, qui nous force à saluer l'immense cinéaste qu'il est malgré tout, capable de donner une dimension spectrale à une main, une chute d'eau, une pierre, capable à travers les yeux d'un Ben Affleck (pourtant peu en forme) de faire ressentir dans tout le corps l'immensité du sentiment amoureux.
Il reste aussi le roi de l'image (même si ça vire ici à la carte postale), on ne peut nier l'usage parfait qu'il fait des couleurs, son talent pour faire ressortir des endroits-villes filmés une saveur particulière, sa sensibilité quant à poser une musique sur une émotion (la bande originale est à tomber), toujours dans la justesse, manifeste d'un talent encore tangible, mais dont le vocabulaire ne demande qu'à s'élargir.
LionelMartinez
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le 9 mars 2013

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LionelMartinez

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