Les 10 premières minutes tiennent les promesses du synopsis et de la bande-annonce. La mise en scène est épileptique et apporte une tension à une séquence d’ouverture pourtant banale : une mère, Julie (Laure Calamy) prépare ses enfants pour aller à l’école. Elle court ensuite pour attraper in extremis son train direction Paris, où elle travaille en tant que femme de chambre d’un palace. L’organisation est minutieuse, les timings sont serrés. L’équilibre fragile promis entre le rôle de mère et un travail exigeant sert de point de départ au thriller souhaité par le réalisateur.
Malheureusement le film abandonne vite ce contrat de base dès lors que le réel personnage principal apparaît : la Grève. La grève écrase tous les autres personnages du film, qui ne sont que là pour en contempler les conséquences directement ou au travers du regard qu’ils portent sur Julie. Elle-même en est la principale victime, elle ne devient qu’un corps qu’on trimballe à droite à gauche de Paris, qui n’est là que pour subir toutes les misères de la grève. Une fois passée la scène d’introduction, Julie ne sera plus mère. On ne la verra plus passer du temps avec ses enfants, dont je suis incapable de réciter les prénoms, eux aussi écrasés par le scénario. On ne la verra plus non plus être femme de chambre. Julie n’a plus aucune consistance.
Que reste-t-il alors ? Il ne reste qu’un scénario qui a décidé de sacrifier tous ses personnages pour plutôt se concentrer sur la question sadique suivante : que peut-il arriver de pire à quelqu’un en temps de grève ? Bien que le film ne dure qu’une heure et vingt-cinq minutes, il m’a semblé interminable. Une fois le mécanisme compris, on se demande seulement où il s’arrêtera. Il finira par franchir des lignes qu’on pensait infranchissable : oser nous présenter le suicide comme une option vraisemblable. Non content d’avoir pressé ses personnages jusqu’à ne laisser plus aucune substance en eux, le scénario voudrait leur enlever la vie. Une idée tout simplement perfide et malhonnête. Il rebrousse finalement chemin pour proposer un happy ending moins imprévisible qui me laisse un sentiment de malhonnêteté extrême si l’on s’en tient à la proposition initiale bien plus prometteuse : filmer une mère célibataire qui doit concilier travail et enfants sous les traits d’un thriller. Il est d'ailleurs intéressant de constater que ce happy ending n'en est pas vraiment un : Julie aura les mêmes problèmes avec ce nouveau boulot, loin de chez elle et qui sera tout autant toxique si l'on se fie à la scène de l'entretien. Retour à la case départ.
En s’éloignant d’un quotidien tout ce qu’il y a de plus banal pour taper sur la grève, le film rate son propos.