Pour faire court, "À plein temps" est un film efficace. Laure Calamy, protagoniste principale, nous livre encore une performance magistrale. Niveau réalisation et bande sonore, là aussi le métrage brille par sa maîtrise. C'est haletant, épuisant, immersif au possible si bien que le spectateur, les sens saturés, ressent le profond malaise de cette héroïne au bord du désespoir. Cependant, quelque chose coince.


Fuite en avant, "À plein temps" survole pléthore de sujets sans jamais s'attarder. Il est question de grève, de parentalité, d'aliénation au travail, de pression sociale, de critique sociétale, bref, c'est un énorme cocktail qui ne demande qu'à exploser. Seulement, rien ne se passe. Ces thèmes nous sont jetés au visage et l'héroïne, mère courage, se contente d'encaisser sans broncher, sans s'interroger une seule seconde sur son sort. Pas un commentaire, pas une remarque ne viendra questionner ce quotidien infernal. Pire encore, la grève, motif récurrent, devient par défaut l'antagoniste de cette vie de martyr, grain de sable indésirable d'une vaste machine à broyer de l'humain. On s'interroge donc sur les intentions du métrage. Montrer pour dénoncer, d'accord, mais après ? Dénoncer quoi surtout ? Dénoncer la grève qui empêche ces braves gens de se livrer tranquillement à leur vie sacrificielle ? Dénoncer un système aliénant et mortifère ? À moins que tout cela ne soit qu'une fable méritocratique de plus qui veut nous faire avaler qu'à force de sacrifices, les choses s'arrangent toujours grâce la mansuétude du capital ?


Voici donc ce qui manque à "À plein temps". Un propos, un point de vue assumé, peu importe lequel. Car en l'état, on peut être tenté de voir "À plein temps" comme l'exploitation vaniteuse d'un quotidien malheureusement trop familier pour des millions d'individus. Une offrande classieuse pour les plus privilégié(e)s qui pourront s'enorgueillir de leur petite vie tranquille. Une pâle copie inquisitrice pour les autres à qui on semble vouloir enseigner qu'il faut se plier aux règles du jeu sans rien dire.


Une œuvre ambivalente donc, aux qualités plastiques et sensorielles certaines mais aux intentions trop lâches pour assumer un quelconque propos. Le chef d'œuvre n'était pas loin.

RaphaelPP
7
Écrit par

Créée

le 30 avr. 2026

Critique lue 8 fois

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