Absolute Denial
6.3
Absolute Denial

Long-métrage d'animation de Ryan Braund (2021)

Il y a de ces films qui savent se faire attendre, dont la distribution sont des épreuves éprouvantes qui débouchent parfois sur des injustices. Nombreux sont les projets au Festival d'Annecy à ne pas retrouver les salles françaises après leurs apparitions en compétitions, que ce soit en compétition Contrechamp (la plus pointu en terme de long métrage) avec Duel à Monte Carlo del Norte (dont la sortie est prévu en 2025 grâce à ED Distribution mais sans la garanti d'un quelconque succès) et Beauty Water (direct to vidéo), ou même en compétition avec le cas de Nahuel and the magic book, qui a mit plus de 3 ans avant de trouver une place sur le catalogue chilien de Disney+ ou encore Kill it and leave this town de Mariusz Wilczynski qui, malgré sa mention spéciale du jury, n'a toujours pas trouvé une voie de diffusion française. Parmi ces projets malchanceux se trouvait Absolute Denial de Ryan Braund, présenté en compétition contrechamp au Festival d'Annecy 2021 et qui a su se faire parler de lui en festival de genre. Présenté au SITGES puis en compétition officielle au Paris International Fantastic Film Festival où le film a eu de beaux retours positifs, le film se présentait comme un projet ambitieux, réalisé entièrement seul et en rotoscopie par les mains de son réalisateur, Absolute Denial a disparu des radars faute de distributeurs, et a poussé son réalisateur, alors en pleine réalisation de son prochain long métrage, à publier le film en son intégralité sur sa chaine Youtube. Faute d'avoir toutes les clefs sur les raisons ayant engendré une sortie unique sur Youtube, on ne peut qu'être intrigué par le résultat.


On a des idées vraiment brillantes dans la réalisation afin de donner un sens à l'univers avec parfois très peu de moyens. Vu qu'on parle d'une intelligence artificielle et que l'on questionne la santé mentale du personnage principal, on a cette volonté de montrer factuellement ce qui se passe et donner à voir ce qui pourrait être le point de vu de l'ordinateur qui est le sujet même des questionnements du personnage principal. Celui-ci devient le centre de la vie de David qui se coupe peu à peu du monde et qui, au lieu d'évoluer et de possiblement retrouver une forme d'humanité, va laisser ses obsessions prendre le dessus. Les yeux sont symbolisés par des points pouvant disparaitre lorsque le personnage ne voit plus, le visage est résumé à ce qui permet de l'identifier et à ce qui sert à son fonctionnement... tout est vu par un prisme mathématique et fonctionnel, dans une logique de binarité qui va jusque dans les couleurs résumés à du noir et blanc. Ayant une vision binaire et mathématique du monde, au fur et à mesure où il plonge dans ses obsessions, David tend à épouser la vision que peut avoir l'ordinateur du monde, et ainsi brouiller la frontière entre l'Homme et la machine. Est ce que l'on épouse le point de vue de David, de l'ordinateur, ou est ce que David était tellement des humanité dès le départ qu'au final, les deux points de vu n'en forme qu'un seul qui est née d'une forme de solitude et de timidité qui n'a pu être épanouis qu'à travers un ordinateur. Il y a ainsi une forme de tension morale, qui se créé lorsque l'on voit David peu à peu sombrer physiquement mais aussi socialement, qui peu à peu va laisser place à une tension presque horrifique lorsque la création vient à prendre le contrôle. Le tout est assez finement joué pour qu'on s'attache au personnage et à l'action, malgré que ce dernier puisse être très froid et inhumain par instant. C'est parce que c'est un humain en souffrance que ce dernier tend à adopter une vision des choses qui l'éloigne de son humanité. On est très rapidement prit par le récit qui sait très bien monter la tension et le suspense... pour un résultat très en dessous du potentiel du film.


Le film prend parti d'adopter le quasi huit clos, dans l’entrepôt où est rangé l'ordinateur, et ainsi adopter des codes du théâtre. Cela peut avoir de très bons aspects, mais le film n'exploite jamais l'enfermement et l'effet cloisonnement que peut générer le hangar, et va jusqu'à tomber dans une forme d'académisme qui fait ressortir le manque de moyen derrière le projet. La mise en scène peut parfois paraitre redondante malgré quelques fulgurances, et laisse trop souvent place au texte et aux dialogues qui peuvent très vite paraitre lourds. Alors qu'on a un scénario très concret et une tension très terre à terre, où l'on pourrait attendre des envolés très sombres et violente sur la dégradation de l'état mentale du personnage principal, le film tend presque dans du théâtre réflexif à base de long dialogues entre l'inventeur et sa création, amenant à une fin extrêmement décevante par rapport à toute la tension amené tout le long du film. Alors que la première parti installe une tension et un rythme dynamique, la seconde va presque pour faire du surplace, préférant délaisser l'évolution de son personnage principal (ainsi que les enjeux qui l'englobe) pour réfléchir autour du rapport entre l'Homme et son esprit à l'ère du numérique. On se retrouve ainsi presque frustré de ne pas pouvoir voir d'avantage, face au potentiel évident du film qui n'arrive pas à se concrétiser. Cela reste un très beau premier essai, plein de poésie et d'étrangeté, qui met en avant le talent de son réalisateur qu'on espère revoir à la tête d'un projet avec une narration mieux travaillée: Moins de théories, plus de concret.


11,75/20


N’hésitez pas à partager votre avis et le défendre, qu'il soit objectif ou non. De mon côté, je le respecterai s'il est en désaccord avec le mien, mais je le respecterai encore plus si vous, de votre côté, vous respectez mon avis.

Youdidi
6
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le 14 juin 2025

Critique lue 130 fois

Youdidi

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