Les corps changent suite aux affres du temps, et s'échangent à la manière de poupées russes, retirant ainsi l'apparence « périmée » au profit d'une apparence identique mais cette fois-ci de nouveau fonctionnelle.
La Abuela est un long métrage sur deux femmes souhaitant s’entre-tuer. Ces deux femmes font pourtant parti du même sang, l'une étant la grand-mère de l'autre. Subissant le poids de son corps vieillissant, la vieille femme voudra aspirer la vie juvénile de sa petite fille dans une relation d'une toxicité vampirique. Subissant les malheurs causés par sa grand-mère et le poids de l'avoir entièrement à charge, Susana voudra tuer celle-ci pour poursuivre sa carrière dans le mannequinat, une carrière où elle-même est déjà vieille et par conséquent remplaçable. Néanmoins, les deux femmes ont un lien unique. Elles sont toutes deux nées le même jour et, à la suite du décès des parents de la petite fille, ont une relation fusionnelle. Ce lien bienveillant se transformera négativement via l'intrigue et la réalisation. En effet, les deux seront toujours assimilées, cependant pour les mauvaises raisons. Cette fusion sera tout d'abord crée par les miroirs. Lorsqu'elle aura acheté un miroir, Susana le présentera à sa grand-mère dans une séquence où leurs visages s'interchangent, symbole fort qui annoncera ce qui adviendra à la fin. A noter que le visage de Susana sera constamment découpé/divisé par les miroirs, les rideaux de douches ou même par le mobilier, soulignant ainsi que sa personne n'est plus unique et qu'elle ne lui appartient déjà plus. Le film poursuit leur assimilation via des plans qui se répondent par leurs ressemblances. Nous pouvons penser à celui où la grand-mère regarde la télévision qui est identique à celui où Susana se pose sur le canapé. Cependant, c'est dans le rapport au corps que les deux se joignent le plus. Au début, la petite fille s'occupera de sa grand-mère en lui lavant son corps. A la fin, c'est la grand-mère – possédant l'enveloppe charnelle de Susana – qui se retrouvera nue, marquant ainsi son passage d'un corps meurtrie par la vieillesse à un corps plein de vie. Ce rapport au corps est tout autant une tentative de lier les deux personnages que de dégoûter de la vieillesse. La séquence où Susana s'occupe de la vieille femme est lente, précise et froide, provocant alors un véritable rejet. A vrai dire, au-delà de l'ancienneté de la femme, tout semble vieux dans le film. L’entièreté de l'appartement est une nature morte, allant des fruits disposés sur la table du salon, à la nourriture pourrie de vers à la fin, et même aux objets en rapport à l'enfance qui semblent venus d'un autre temps. Finalement, le seul lien avec la jeunesse est le tableau de la grand-mère qui prendra dans les dernières minutes la figure de Susana dans un portrait à la Dorian Gray où cette fois-ci ce n'est pas la peinture qui vieillit mais le personnage principal.
Le film se présente comme un l'huis clos au rythme lent. Cette lenteur provient essentiellement des peu de cut qui ont été fait. Les cuts se font naturellement par la lumière qui clignote et par les panoramiques suivant le mouvement de Susana. Ces procédés de réalisation fluidifient l'action et créés de la tension car nous nous demandons quand la grand-mère apparaîtra. La réalisation est tout aussi étouffante voire claustrophobique notamment par les nombreux surcardrages sur une Almudena Amor brillante en Susana, dépeignant parfaitement par ses expressions et ses non expressions la peur, la tristesse et les remords. C'est indéniable, Paco Plaza maîtrise son sujet et tente d'innover. Néanmoins, et malgré l'ambiance crispante, le film tire trop en longueur sans pour autant profiter de celle-ci pour aller plus loin dans la noirceur. Le désamour et le pessimisme sont palpables dans le métrage pourtant nous sentons qu'il aurait pu proposer une relation davantage toxique et des choix plus immoraux.
Couper les liens immuables de la famille pour survivre, voilà ce que souhaitait montrer Paco Plaza à travers ce film, dommage que l'intrigue ne les aient pas coupés plus sèchement.