Comment parler de ce film ? Je ne sais même pas si je vais réussir à en dire grand-chose, tant je suis encore sous le choc de l'émotion.
Déjà, je dois préciser que j'ai constitué il y a quelques années une liste de tous les grands films qu'il fallait que je visionne, et Alabama Monroe en faisait partie. Je ne sais plus dans quel livre, dans quelle liste ou à quelle occasion j'ai trouvé ce titre, et je ne me souvenais même plus de la raison pour laquelle il était réputé. En revanche, s'il existe une liste des films les plus tristes jamais réalisés, il mérite largement d'y figurer. Je n'ai jamais rien vu d'aussi éprouvant pour l'optimisme.
Alors, si vous êtes comme moi et que vous cherchez généralement dans le cinéma quelque chose qui vous mette de bonne humeur, qui vous fasses rêver, ne vous essayez peut-être pas à Alabama Monroe. C'est un film sublime, mais parfaitement pessimiste, et c'est paradoxalement pour cela que je suis obligé de lui retirer deux étoiles. Pour les émotions qu'il m'a fait ressentir, pour cette peine qui m'a accompagné pratiquement du début à la fin, il aurait mérité la note maximale. Mais l'histoire manque presque bêtement de respirations, de moments véritablement lumineux auxquels se raccrocher. À mes yeux, il faut aussi des sourires et de l'espoir pour apprécier pleinement un drame. Il faut parfois un brin de poésie pour permettre à la douleur de respirer. Ici, tout semble progressivement condamné au désespoir.
Et pourtant, le film commence justement par nous donner quelque chose de magnifique à perdre. Il raconte une histoire d'amour d'une pureté romanesque absolue, entre deux êtres dont la relation possède quelque chose de profondément vivant, spontané et sincère. C'est évidemment toute la force du récit : construire quelque chose d'aussi beau pour ensuite le confronter à des épreuves d'une cruauté effroyable.
La succession de celles-ci finit par nous retirer toute possibilité de nous raccrocher aux branches. Chaque fois que l'on espère une respiration, une reconstruction, un instant où la vie pourrait reprendre ses droits, le film semble trouver une nouvelle manière de nous ramener à la douleur. Même la foi finit par être dépouillée de tout réconfort, abordée avec un regard affreusement terre à terre qui achève de retirer aux personnages, comme au spectateur, l'un des derniers refuges possibles.
C'est probablement ce qui m'a le plus éprouvé : Alabama Monroe ne cherche jamais vraiment à nous consoler. Il ne transforme pas la souffrance en jolie leçon de vie, ne promet pas que chaque épreuve rend nécessairement plus fort et ne vient pas artificiellement récompenser ses personnages pour ce qu'ils ont traversé. Il laisse simplement la tragédie faire son œuvre.
Et le film s'achève avec une brutalité noire qui ne laissera probablement personne indemne. Je suis resté avec cette sensation assez rare d'avoir vu quelque chose de magnifique que je n'avais pourtant aucune envie d'avoir ressenti aussi intensément. Une semaine pour m'en remettre, probablement...
En substance, j'ai trouvé ça d'une cruauté sublime.