Il est intéressant de mettre en perspective les deux films de Rossellini "Rome, ville ouverte" (1945) et "Allemagne, année zéro" sorti en 1948. Les deux interrogent la fin d'une guerre mondiale contre l'idéologie fasciste. Si le premier évoque les derniers combats désespérés de résistants contre une occupation nazie encore bien vivace à Rome, pour le second, Rossellini se déplace à Berlin, l'autre extrémité de l'Axe, après la défaite nazie pour y mesurer les effets collatéraux et l'état de la société.
Le constat y est amer. La ville est en ruines, le pays est occupé par les Alliés et le pouvoir a changé de mains. Les nazis se font très discrets mais restent droits dans leurs bottes et regrettent le bon temps. Ils se font quelques sous en vendant à la sauvette des disques d'anciens discours de Hitler. Le marché noir et la prostitution sont la règle et prospèrent.
Comme dans "Rome, ville ouverte", Rossellini ne se préoccupe pas de vraisemblance mais use de symboles très forts. Les nazis vaincus s'avèrent être de parfaits pervers (les caresses équivoques sur les petits garçons) et très lâches : alors que l'ancien instituteur nazi prône encore les théories d'élimination des êtres faibles, il est terrifié à l'idée d'assumer les conséquences de ses théories.
Rossellini bâtit son film autour d'un jeune garçon de 12 ans qui se démène pour apporter quelques sous ou de la nourriture à sa famille.
En somme, il est adulte avant l'heure. Mais c'est aussi un enfant qui écoute et croit ces mêmes adultes. Et c'est terrible de voir cet enfant esquisser des gestes d'enfant (la marelle, la partie de foot dont les autres enfants l'excluent, le toboggan) alors qu'il n'a plus la tête à l'amusement. La défaite des nazis, les théories mortifères des nazis en ont simplement fait un monstre.
Dès lors, pour Rossellini, il est urgent de solder ces années de cauchemar par cette année zéro. Le nombre zéro exprime (entre autres) le vide, l'absence d'éléments, le néant. Dans un univers "positif", on ne peut donc pas tomber plus bas. Par l'image finale du film qui est une autre façon d'exprimer le zéro, Rossellini exprime, à mon avis, que la société allemande, malade, détruite a désormais la possibilité de se reconstruire.