Quand on lit les critiques élogieuses sur Alter Ego, le nouveau film de ces fameux Nicolas & Bruno (que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, n'étant pas adepte de la télévision), on salive d'avance : on connaît bien le plaisir que Lafitte ressent à interpréter des rôles de minables ordures, et l'idée d'une déclinaison moins "arty" du cinéma de Quentin Dupieux est séduisante en soi. Quelle déception de se trouver alors devant un film laid, pas particulièrement drôle si l'on exclut la répétition fastidieuse de cette fameuse "sensation de gêne" très à la mode désormais, et surtout irrémédiablement "beauf" (un qualificatif qui ne s'utilise plus, je le sais, mais qui est inévitable quand on prend la peine de réfléchir à ce qui est à l'écran) !

Le scénario de Alter Ego est malin, mais se révèle rapidement un digest peu créatif, voire contre-productif, d'idées déjà vues ailleurs. Le point de départ de l'histoire (le voisin qui est le sosie du personnage principal, une ressemblance que personne ne remarque) est un recyclage de l'idée de la Moustache d'Emmanuel Carrère, mais ne sert que de gag récurrent, assez facile et fatigant au bout d'un moment, au lieu de déboucher sur un quelconque vertige métaphysique. Sans même mentionner le fait que, si cette ressemblance n'existe que dans la tête du "héros", toute la dernière partie du film sur l'échange des personnages ne devrait pas fonctionner.

La révélation finale sur les activités secrètes d'Axel et de son épouse (je vais essayer de ne pas spoiler) renvoie directement à Parasite, mais on peut aussi faire le parallèle avec le final de Bugonia de Yórgos Lánthimos, avec ce choix paradoxal (et pas forcément sympathique) de dire que les "complotistes" ont raison de l'être.

Mais là n'est pas le vrai problème : au fond, ce qui transpire du film - et on me dira que ce sont mes penchants anti-franchouillards qui ne font penser ça - c'est la vieille haine nationale envers tous ceux qui réussissent socialement. Alex hait Axel parce qu'il est une version de lui-même qui n'est pas médiocre, et le film lui donne raison in fine, puisque, comme on le pense toujours massivement dans l'hexagone, une telle réussite ne peut être basée que sur des malversations et un manque d'honnêteté.

Finalement, en dépit de l'abattage de Lafitte et Gardin (excellente elle aussi), Alter Ego est un film plutôt laid et bien réac. Très, très loin de Dupieux, donc.

[Critique écrite en 2026]

Eric-Jubilado
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le 9 mars 2026

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