Âmes perdues est un drame psychologique à l’ambiance étrange, filmé dans un Venise fantomatique par le chantre de la satire sociale « all ‘dente », l’immense réalisateur Dino Risi.

Abordé d’une manière totalement inhabituelle de la part du réalisateur de quelques unes des plus fabuleuses comédies du cinéma transalpin, qui même sous couvert d’une certaine gravité et d’un sous-texte souvent acide et cynique, s’avéraient la plupart du temps habitées de l’esprit de la commedia dell’arte, et prêtaient souvent à sourire, voir à déclencher de vrais fou rires, ce film sombre à l’ambiance étrange dépareille totalement dans sa filmographie.

Il y aborde le thème de la folie avec un style gothique proche du giallo dans sa manière de promener sa caméra à travers les longues coursives, les canaux aux eaux sombres et les grandes maisons bourgeoises aux murs décrépits de la cité des Doges. Abordant un domaine qu’il connaît bien, Dino Risi disposait d’une formation initiale de psychiatre, il traite de la schizophrénie d’une manière morbide et glauque et avec aucun second degré préalable, si ce n’est la manière de montrer la folie dont est habité son personnage du vieil oncle de Tino, un jeune homme qui vient à Venise pour y étudier les beaux-arts et se retrouve loger chez ce dernier interprété par un Vittorio Gassman passant de gravité et rigorisme à une folie quasi carnavalesque.

Toujours avec le souci de teinter son ouvrage d’un grand sens de l’esthétisme de circonstance, l’image respire la vieille pierre, et un jeu d’éclairage restituant parfaitement l’ambiance morose et étrange de la Venise mystique avec ces vielles carcasses de vaisseaux fantômes et ces maisons qui semblent habitées par des morts, l’auteur du Fanfaron parvient à installer un climat morose et inquiétant qui frise le cinéma horrifique, on pense souvent au Ne Vous Retournez Pas de Nicolas Roeg, dans sa manière de promener sa caméra dans des labyrinthes spectraux.

Même si l’on peut lui reprocher quelques facilités, notamment dans une conclusion que je tairai ici, Risi s’avère plutôt doué pour restituer une ambiance grave teintée de fantastique et l’on peut se demander ce que cela aurait pu donner s’il avait aborder le genre de manière frontale en réalisant un giallo ou un film d’horreur gothique à la Mario Bava.

philippequevillart
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le 27 sept. 2022

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