Un film d'une puissance à couper le souffle. On reste un long moment sidéré après la projection de ce monument de force. La musique de John Adams porte le récit tout du long, contribuant à donner à cette terrible histoire de famille une construction en forme d'opéra avec crescendo permanent jusqu'à la scène finale, presque muette, qui dénoue l'implacable destin de cette histoire d'amour hors des normes et du temps. L'interprétation est dominée par le talent de Tilda Swinton qui porte le film sur ses (apparentes) frêles épaules dans un rôle d'amoureuse digne des plus grands du répertoire. De multiples références, peut-être trop car elles arrivent parfois à distraire légèrement le propos : Visconti (Tancredi), Sirk, Lawrence, Flaubert, Hitchcock... pour ne retenir que les principales. La mise en scène de Luca Guadagnino est remplie d'inventivité et sa caméra nous donne à voir des images étonnantes, captant merveilleusement la lumière. Citons la scène de la dégustation de la crevette, pur moment de sensualité, la scène d'amour dans les champs, d'un érotisme prodigieux sans jamais être vulgaire ou encore l'ultime plan, d'une beauté mystérieuse, renvoyant à l'aspect primitif de cet amour plus fort que les conventions entre une mère de famille aristocrate et un cuisinier qui a l'âge de son fils. Au total, un film captivant où tout est dit par l'image et la musique (du pur cinéma donc) et un cinéaste à suivre attentivement dans ses prochaines œuvres.