Voir le film

Je suis sorti de la salle un peu abruti par les 150 minutes qui viennent de se dérouler devant mes yeux. J’avais un sentiment étrange et je ne savais pas réellement ce que je pensais de ce film : Un grand film, un film social de Maïwenn ou un téléfilm premium ?


Sandra, une écrivaine allemande, Daniel son mari, un auteur en devenir et Samuel leur fils de 11 ans, malvoyant, vivent tous les trois dans un coin reculé de Savoie. Un beau jour, Daniel est retrouvé mort au pied de la maison. Est-ce un suicide ? Un meurtre ? Une chute accidentelle ?


Coécrit avec le bon Arthur Harari (Onoda), Justine Triet met en scène un film lourd, épais, sombre de 2H30. Par envie de réalisme, sa mise en scène est quelque peu chaotique, afin de capter tous les instants, elle s’autorise alors des mouvements de caméra hasardeux, des zooms très tranchés, comme pour accentuer cette cohorte bouleversée : les témoins, les analystes, les avocats, tous à la recherche de LA vérité.


En plus de ça, Justine et Arthur ont eu la clairvoyance d’y mêler des petites subtilités scénaristiques pour élever le film et rendre le procès encore plus singulier : La barrière de la langue (entre l’anglais et le français), le fils malvoyant qui souhaite assister à tout le procès, l’avocat moyen représentant l’accusé (Sandra)… Que d’idées qui cristallisent alors ce scénario, en un scénario riche, compact et finalement très singulier.


C’est un thriller, un film policier, avec cette tension palpable qui dure, qui dure, ponctuée par cette musique entêtante (présente aussi dans le trailer) interprétée plusieurs fois par le fils, au piano : Asturias de Isaac Albeniz.


Si il n’y avait pas eu tous ces éléments, je peux me permettre alors de revenir sur ma première pensée : un bon téléfilm. Évidemment que je t’extrapole, mais c’est une réalité : Oui les procès sont maladroits et pas comme dans « les films », oui les avocats ne sont pas tous des ténors avec leur embonpoint, la vie est comme ça, maladroite et injuste. En plus de ça, Justine Triet a pris le parti pris de nous offrir une histoire fictionelle (à l’inverse de Saint Omer d’Alice Diop) donc ça aurait pu être un bon film policier, point.


Mais tout ce que j’ai cité au-dessus approuve, tamponne et valide l’intelligence du scénario, la virtuosité du jeu et la singularité de la mise en scène.


Sandra Hüller est bouleversante, je l’avais plus qu’adoré dans le film Toni Erdmann (2016), son personnage éponyme est suffisamment complexe pour qu’elle nous offre là une palette d’émotions hallucinante. Je rejoins Justine Triet, qui d’autre aurait pu interpréter ce rôle ? Quant à l’enfant, Daniel, interprété par Milo Machado Graner est tout aussi bouleversant. Un de ses premiers rôles au cinéma (jouer avec Dany Boon, ça ne compte pas) il a réussi à flirter hardiment avec des états émotionnels lourds et très très réalistes. Et enfin, petit clin d’œil, au chien Snoop, le troisième meilleur acteur du film.


Justine Triet signe là son meilleur film, de loin. Curieux de voir les autres films qui étaient en sélection officielle à Cannes, au côté de Triet, mais pour cette fois, ça semble pleinement mérité.


Produit par : Les Films Pelléas et Les Films de Pierre

Date de sortie : 2023

Durée : 150 minutes

Résumé court : Un film de procès, qui dissèque l’histoire d’un couple.

Distinctions : Palme d’or 2023

Note : ****


(Critique complète ici : https://lesyeuxsouslespoches.wordpress.com/2023/08/18/anatomie-dune-chute-de-justine-triet-2023/)

Créée

le 18 août 2023

Critique lue 33 fois

Critique lue 33 fois

D'autres avis sur Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

5

B-Lyndon

268 critiques

Perdre au jeu

La première partie du film me paraît assez extraordinaire. Une balle qui tombe d'un escalier, un chien qui descend pour la ramasser. Un entretien audio entre une écrivaine et une jeune thésarde...

le 31 août 2023

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

5

lhomme-grenouille

2923 critiques

Anatomie d’un pied palmé

J’ai l’impression que c’est un problème qui risque de se poser régulièrement. Chaque année, les distributions de Palme, César et autre Oscar me conduisent à aller voir des films que je ne serais...

le 24 août 2023

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

6

Cinephile-doux

8156 critiques

Procès d'intentions

Depuis quelques années, le cinéma français, et plus particulièrement ses réalisatrices, trustent les lauriers dans les plus grands festivals. Au tour de Justine Triet d'être palmée à Cannes avec...

le 28 mai 2023

Du même critique

Cet obscur objet du désir

Cet obscur objet du désir

Les femmes et le pantin

« Elle était merveilleuse. […]. Elle paraissait vingt-deux ans. Elle devait en avoir dix-huit. Qu’elle fût andalouse, cela n’était pas douteux. Elle avait ce type admirable entre tous, qui est né du...

le 18 août 2023

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

À la recherche de la vérité

Je suis sorti de la salle un peu abruti par les 150 minutes qui viennent de se dérouler devant mes yeux. J’avais un sentiment étrange et je ne savais pas réellement ce que je pensais de ce film : Un...

le 18 août 2023