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le 31 août 2023
SuivrePerdre au jeu
La première partie du film me paraît assez extraordinaire. Une balle qui tombe d'un escalier, un chien qui descend pour la ramasser. Un entretien audio entre une écrivaine et une jeune thésarde...
Sorti en 2023 et réalisé par Justine Triet, Anatomie d'une chute remporta de nombreuses récompenses cette année là. Jugez plutôt, une Palme d'Or, un Oscar (Meilleur Scénario Original) et six César ... c'est pas mal, non ? Rares sont les films français qui font à ce point l'unanimité, que ce soit côté critiques et spectateurs. Mais pour revenir au film de Justine Trier, Anatomie d'une chute est un drame policier et judiciaire coécrit avec Arthur Harari, le compagnon et collaborateur de longue date de la réalisatrice. C'est donc un film de procès, un genre trop peu exploré dans le cinéma français. Et qui dit film de procès, dit emprisonnement, huis-clos et drame psychologique. Cette notion d'emprisonnement est omniprésente ici, que ce soit dans le chalet en haute montagne et sous la neige, dans le tribunal, des personnages emprisonnés dans leur rôle et bien sûr ce jeune garçon mal voyant emprisonné dans l'obscurité.
Tout commence, ou presque, par la mort de Samuel Maleski (Samuel Theis), un père de famille qui fait une chute du haut de son chalet (d'où le titre du film). Professeur de philosophie et écrivain raté, Samuel vivait dans un chalet proche de Grenoble, avec sa femme Sandra (Sandra Hüller) qui est allemande et leur fils Daniel qui est mal voyant (Milo Machado-Graner), sans oublier Snoop le chien de Daniel qui aura une grande importance par la suite. Sandra c'est donc une femme brillante, autrice à succès et froide aussi (les clichés ont la vie dure sur les allemands). Ah oui j'oubliais, ils vivent donc en France, lui étant français, elle étant allemande, mais c'est en anglais qu'ils communiquent entre eux. On peut dire que cette petite famille n'est pas sans originalité.
C'est donc en retapant son Chalet, qu'il tombe du toit et qu'il meurt. On peut supposer qu'il s'agit d'un accident, sauf qu'après enquête et autopsie du corps, il s'avère que sa mort est suspecte. La thèse de l'accident est vite écartée, car il s'agirait potentiellement d'un meurtre, voire un suicide. Sachant que le seul témoin au moment des faits est l'épouse et que l'enfant, qui plus est mal voyant, n'était pas présent. Le travail des enquêteurs et des juges sera donc de démêler le vrai du faux. Sous les yeux, ou plutôt les oreilles de son fils, Sandra devra révéler certaines vérités difficile à entendre. Les faits et les sentiments vont être difficiles à démêler, mais heureusement pour elle, elle pourra compter sur son avocat maître Vincent Renzi (Swann Arlaud). Et face à eux, il y a l'avocat général (Antoine Reinartz) qui est d'une férocité extrême ... on peut dire qu'il est détestable.
On est très vite en empathie pour Sarah qui voit la justice se refermer sur elle. La justice, à travers le personnage de l'avocat général, nous apparait sans pitié ... mais voilà, il faut bien qu'elle émette un verdict. A partir de là, on fait le procès de Sarah, qui est coupable d'être une femme forte, indépendante, qui a réussi et qui peut-être n'est pas la parfaite épouse ni la mère idéale. On a donc une justice cruelle et patriarcale qui, à travers le personnage terrible de l'avocat général, mais aussi de celui du psy qui prend clairement parti pour le mari, fait le procès (à charge) contre la mère de famille. Sarah a fait des erreurs dans sa vie, elle n'est pas parfaite, mais ça n'en fait pas pour autant une criminelle. Sa seule faute après tout, c'est d'être le coupable idéal. L'important ici, ce n'est pas le verdict, c'est tout le chemin qui mène au verdict.
Comment en est-on arrivé là, à accuser une mère de famille du pire des crimes ? Tout commence peut-être avec Daniel et le terrible accident qui l'a rendu presque aveugle. Le père s'est senti coupable de négligence et Sarah lui en a voulu. C'est aussi le début d'une opposition entre Sarha et son mari, elle qui est une écrivaine à succès et lui qui voudrait écrire, mais qui n'y arrive pas. Est-ce par manque de temps, manque de volonté, manque de talents ? Toujours est-il qu'il en reporte la faute sur sa femme. Tout l'intérêt du film repose là à mes yeux, sur l'affrontement entre les deux époux, alors que lui même n'est plus présent. C'est un vrai thriller psychologique qui par certains côté m'a rappelé Le Faux Coupable d'Alfred Hitchcock ... de là à dire qu'il s'agit d'un thriller Hitchcockien, il n'y a qu'un pas qu’il n’est pas interdit de franchir !
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Créée
le 23 mars 2026
Modifiée
le 24 mars 2026
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