Andaz
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Andaz

Film de Mehboob Khan (1949)

Poursuite du cycle indien avec "Andaz" (qu'il semble falloir traduire par "Style" selon Wiki)

Le film a été réalisé en 1949 par Mehboob Kahn, soit deux ans après l'accession de l'Inde à l'indépendance. À première vue, ça ne transparait curieusement pas de façon évidente. Mais à la réflexion, entre le début et la fin, on note une certaine évolution. Au début, l'action se passe dans un milieu aisé d'affaires et l'héroïne, Neena, est vêtue de façon complètement occidentale, entre parties d'équitation ou de golf, et a un comportement plutôt extraverti (et en quelque sorte, imprudent). Puis quand le drame survient ou que les choses deviennent sérieuses comme le conseil d'administration, on retrouve les vêtements traditionnels, le sari) …

Mieux, à la fin, quelqu'un (je ne précise pas pour éviter le spoil), s'écrie, avec un lourd ressentiment : "ce qui ne l'empêchait pas de vivre à l'occidentale !" …

N'ayant que peu de références dans ce cinéma, je pense intéressant de chercher quelques invariants avec d'autres films et pourquoi pas avec "Laisse parler ton cœur". D'abord la présence importante de la musique et des chansons qui évoluent suivant les circonstances entre musique occidentale et musique traditionnelle. Les tonalités des voix indiennes sont très différentes des nôtres et peuvent paraître nasillardes même si elles sont assurées par des chanteurs réputés (et non par les acteurs). Par contre, dans "Andaz", à plusieurs reprises, un des héros, Dilip, se met au piano pour jouer et surtout chanter. Or il ne joue pas sauf les deux ou trois premières notes au piano avant de "passer la main" à un orchestre traditionnel invisible qui convient, d'ailleurs, bien mieux en accompagnement de la magnifique danse de Sheela dans un pur style hindou. Ça aurait été bien plus beau que Dilip prenne, par exemple, un instrument traditionnel et accompagne directement sa chanson et la danse plutôt que de faire semblant avec un bel instrument mais sans grande utilité.

Toujours, en comparaison avec "Laisse parler ton cœur", le scénario présente quelques différences. Au-delà du triangle amoureux Dilip (Dilip Kumar), Neena (Nargis) et Rajan (Raj Kapoor) qui semble bien être une composante essentielle du film bollywoodien, le film laisse apparaître quelques menues différences sur les statuts sociaux des personnages. Dilip est quelqu'un issu d'un milieu plus modeste tandis que Neena fait partie de la haute société. Dilip est amoureux de Neena tandis qu'il ne viendra pas à l'idée de Neena qu'il puisse être autre chose qu'un ami même si elle adore écouter les chansons d'amour de Dilip. On entrevoit aussi les serviteurs alors que dans "Laisse parler ton cœur", ils ne semblent pas exister ou font juste partie du décor. Mais de toute façon, on n'est pas du tout chez Satyajit Ray où les personnages sont complètement en prise avec la vie quotidienne indienne et les contraintes liées aux castes.

Pour conclure, "Andaz" me parait intéressant comme mélodrame même si la première partie m'a paru parfois bien un peu longuette. Mais, dès lors que le drame se noue, le film devient beaucoup plus palpitant et se termine de façon très amère sur une conclusion sans ambiguïté. En substance, "Il n'y aurait pas eu de drame si je (Neena) n'avais pas adopté les coutumes d'une société qui n'était pas la mienne". Qu'on peut aussi traduire, en creux, par une différence de statut entre l'homme et la femme dans la société indienne.


JeanG55
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le 10 janv. 2026

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