Un film assez unique, difficilement casable et donc très intéressant. Ca ressemble à un rise and fall classique avec les excès et les lumières de l'argent et une longue lutte sans espoir vers la situation de base. Mais tout ça condensé sur quelques semaines à peine, quelques jours même pour la descente. Le ton varie beaucoup entre le tableau social honnête et gris du monde des travailleuses du sexe, la comédie de gangsters losers à la frères Cohen ou Tarantino et la brutalité des rapports sociaux sur le ton de l'humour noir à la Ruben Östlund.
J'apprécie beaucoup la nuance dans le discours : on est du côté d'Anora, jouet d'un Vanya capricieux et victime dans un jeu qui la dépasse mais qui tente d'être actrice de son destin. On la juge également : son manque de discernement et sa vénalité qui la font faire des mauvais choix. La scène de la home invasion, magistrale, coupe admirablement le film en deux et pose les personnages des sbires de Zakharov qui relancent un film dont l'on ne savait pas très bien où il allait. La fin, belle et touchante quoiqu'un peu déjà vue, fonctionne très bien.
Les performances d'acteurs et d'actrices sont superbes, tant Mikey Maddison en tigresse déter que Yura Borisov en gorille gopnik, Karren Karagulian en sbire arménien et même Mark Eydelshteyn en Vanya inconséquent et excessif, très crédible. Le mélange des langues entre le russe, l'anglais et l'arménien ancre étrangement le film dans une réalité américaine cosmopolite rassemblée autour de l'argent, motif omniprésent. Enfin, c'est super beau, notamment à travers un jeu sur la photographie dont j'aurais sûrement beaucoup de choses à dire si je m'y connaissais : je me contenterai de dire que c'est superbe.
Alors il manque un poil de rebondissements pour en faire un film exceptionnel mais c'est très fort quand même. Playlist de strip-club au poil.