Anora est avant tout une critique sociale, dans la lignée de The Florida Project, qui dresse un portrait sans concession d’une jeune femme rêvant d’échapper à sa condition: elle ne cherche pas seulement l’argent ou le confort, mais l’illusion d’un ailleurs, la possibilité d’un autre destin, d’une vie plus grande que celle à laquelle elle semblait destinée.
La mise en scène sert parfaitement cette opposition entre les classes: les espaces qu’Anora fréquente d’abord sont filmés avec une caméra proche, tout y est vivant, organique. À l’inverse, l’univers des ultra-riches est présenté avec une distance presque glaciale, des plans plus composés, une lumière aseptisée qui souligne la froideur de ce monde inaccessible
Le contraste est brutal, et le film insiste sur l’injustice de cette fracture sociale : ce qui ressemble à une opportunité pour Anora n’est qu’un caprice de riche vu de l’autre côté.
Ce qui peut sembler une ascension pour elle est perçu comme une menace par ceux qui contrôlent les règles du jeu. Le constat est amer, sans échappatoire facile ni illusion romantique : la société a déjà écrit les rôles, et ceux qui tentent de les réécrire se heurtent à un mur.