Sean Baker a construit sa renommé autour d’un cinéma de la marginalité et des invisibles, ce n’est pas la première fois qu’il s’attèle au sujet du travail du sexe sur grand écran. Cependant, cette fois-ci, il semblerait que l’on se soit en certains points égarés de ses précédentes propositions. Avec Anora avons-nous pu vraiment visionner un regard déconstruit et bienveillant ou celui de fantasmes conditionnés ?
En voulant simplifier on y perd contenance. Un film qui s’est voulu trop simple, jusqu'à en effacer la complexité d’un monde. Un mauvais dream teen de plus au tableau, à fait rire sans humour. Nous avons alors assisté aux fantasmes d’un homme-adolescent incarné par Ivan qui complait le spectateur en n’admettant aucun trouble ou aucun recul.
Ou finalement, quand le male gaze refait surface là où on l’attend le moins.
Anora est absente d’émotions, avec comme seul dialogue revendicatif tout au long du film sa figure de femme mariée à Ivan. Être travailleuse du sexe la définit pauvrement, à aucun moment il est question de ses désirs, de sa vie personnelle, de ses habitudes; comme si elle était objectifié de par son activité, ce qui révèle d'un manque de construction scénaristique. Le comble pour un titre éponyme. Son seul lien établit avec ses collègues, se joue dans une compétitivité absurde avec Diamond, digne d'une cour de récré. On semble comprendre avec contexte, là où voulait en venir ce film, mais on ne le comprend qu’avec contexte. Se reposer sur sa précédente réputation n’était visiblement pas le plus judicieux.
Si le scénario déçoit, le visuel également, hormis une scène d'entrée qui aurait pourtant pu annoncer un cadrage et une dynamique constructive. Les plans sont lisses, sans ambitions, très fixes dans un film qui auraient réclamé le mouvement.
Anora exemple même de = Flouter la politisation du sujet pour décrocher une palme d’or sans obstacles.
Et ce au travers d’une tentative d'ébauche de road movie piéton, à l’image de Tangerine, mais cette fois-ci c’est raté. Là où son premier succès rythmait le flux de paroles, par une histoire, par des émotions, par des désirs; ce ne sera pas le cas pour cette deuxième moitié d’Anora. Un flux qui racontait, qui se voyait être interrompu au bon moment, avec une sensation de rythme mais qui, ici, s’éternise et ne retrouve pas cette sensation. La différence est qu’Anora présente une trame narrative vide au point de tourner en rond.
En restant sur ce comparatif des deux films, puisqu’ils semblent se ressembler ou plutôt vouloir se ressembler sur de nombreux points : il semblerait qu’avec moins de moyens nous pouvions retrouver plus d’émotions et de créativité. Résultat d’une déception pour Anora.
Finalement une palme d’or n’assure pas qu’un succès ne soit frauduleux.
(+ propos autour des VSS vraiment problématique, en mode on peut deviner a la stature d'un personnage s'il s'agit d'un agresseur, vraiment bien dans les clichés de la culture du viol)