Film profondément nihiliste où prenant pour base une tragédie grecque - rapport au titre - Romain Gavras nous propose le spectacle d'un destin déjà scellé de trois frères mais aussi de tout un quartier dont l'unique porte de sortie serait la destruction.
Ce n'est donc pas, contrairement à ce que l'on pourrait penser, "un énième film sur la banlieue" mais un long-métrage sur le désespoir et notamment le désespoir de toute jeunesse en rupture de ban qui en arrive, poussée à bout, à s'autodétruire après avoir détruit le monde qui l'entoure. Rien, pas une note d'espérance, rien ne viendra les sauver de la tragédie dans laquelle ils ont plongé.
Il y a cette image - terrible - à la fin, où l'on voit un gilet estampillé "Police" jeté au feu. Police... POLIS... au sens littéral du terme, l'ordre, comme l'ordre des choses, qui se trouve consumé dans les flammes, comme pour nous dire, à nous spectateurs, que la seule manière de sortir de l'impasse, c'est par la destruction.
Détruire pour reconstruire ? Non, même pas. En fait, il n'y a ni vainqueurs ni vaincus. Seulement une fuite vers l'inconnu. Les habitants qui finissent par fuir leurs logements, tel un long exode, après que ceux-ci aient été pillés. Ces deux frères qui, n'ayant plus rien à attendre ni de la vie ni des autorités publiques, préfèrent la mort à tout autre chose.
C'est moins le reflet d'une banlieue que vient ici nous proposer Romain Gavras, que le reflet d'une société qui est arrivée à un point de non retour. D'où partira l'étincelle ?
Le film nous dérange, nous questionne, nous interpelle, nous prend à parti en nous jetant sous nos yeux des images qui frappent et nous glacent que l'on reçoit comme un coup de poing en plein visage. Il nous montre ce que, depuis longtemps, on ne veut pas voir. Il nous impose d'ouvrir les yeux sur une réalité que l'on cherche à fuir. Mais là, plus question de fuir. La solution à tout cela, c'est qu'il n'y a plus de solution et que tout est fini, perdu, pire : que la confiance que l'on pouvait encore avoir envers les garants de l'ordre public est trahie. Et quand la confiance est trahie, il n'y a plus aucune solution que la guerre de tous contre tous, une guerre qui, généralement, finit en suicide collectif.
A chacun d'en tirer ses propres conclusions.