Romain Gavras hérite à la fois du cinéma politique de son père et d'une décennie de clips où la mise en scène se mesure en chorégraphies. Athena est la rencontre frontale de ces deux ADN : une tragédie grecque transposée dans une cité de banlieue, filmée comme une opération militaire. L'ouverture de douze minutes en est la promesse et le piège.
Cette séquence inaugurale, qui démarre dans un commissariat, sort dans la rue, embarque dans un fourgon volé et achève sa course dans la cité Athéna, n'est pas une prise unique, malgré ce que répètent encore la plupart des articles. Matias Boucard, le chef opérateur, l'a reconnu sans détour dans la presse spécialisée : certains segments sont tournés d'une seule traite, d'autres sont assemblés par raccords cachés à l'ancienne, un figurant traverse le cadre, une colonne masque la coupe, le tour est joué. L'arrivée du fourgon dans le commissariat a même nécessité une superposition numérique de deux passes caméra. C'est donc une combinaison de prises réelles et de raccords masqués, et la performance n'en est pas moins impressionnante au contraire. Ce qui frappe, c'est que la durée n'est jamais gratuite : elle impose au spectateur la temporalité de l'émeute, et lui refuse le confort du montage qui permettrait de respirer.
Gavras assume ses influences, Bondarchuk pour la chorégraphie de masse, Kalatozov pour la fluidité du cadre, sans s'y soumettre. Le reste du film, presque entièrement structuré en plans longs lui aussi, peine cependant à tenir le sommet posé d'emblée. La narration s'étiole, les personnages restent des silhouettes, mais le geste de mise en scène garde sa cohérence du début à la fin.
Reste un objet rare sur Netflix : un film qui croit encore que la durée peut être un argument politique. L'ouverture mérite d'être étudiée comme un cas d'école, pas pour l'exploit revendiqué, mais pour la précision avec laquelle elle ment.
Lien de l'analyse complète du plan séquence : https://www.plan-sequences.com/categories-de-plans-sequences/athena