Atomic Shark n'est qu'un troll, le genre de films qui, s'inscrivant dans la lignée des repompes de Jaws avec l'esprit de Sharknado, tente de nous faire croire qu'en assumant son manque de talent, en se moquant de ce que l'on fait pour au final se montrer méta, tous ses défauts seront pardonnés, et le public le considèrera dès lors comme un bon film (l'on dirait presque Deadpool 2).
Toujours fait sans le sou, il rentre dans le cadre de toutes ces productions au rabais qui sortent chaque année dans le but d'occuper les programmes télévisés des chaînes américaines, et qui sous le coup de l'humour et du second degrés rivalisent de toujours plus de scenarii délirants et de concepts d'intrigues poussives, comblant leur manque d'imagination flagrante par un mélange des genres, des monstres et des éléments.
Après tellement de types de requins qu'il faudrait une liste entière pour tous les énumérer, c'est à la bombe atomique de se croiser avec la "terreur" des mers, à l'heure où Jason Statham s’apprêtait à puncher la version fortunée du Mégalodon d'Asylum. Atomic Shark se montre généreux dans sa bêtise et sa violence, multipliant les morts idiotes, les poses clichées et les expressions forcées d'acteurs qui font semblant d'y croire.
C'est monté n'importe comment, les scènes se suivent et se coupent dans le désordre, détruisent le "rythme" de certaines séquences par des incrustations de dialogues jamais utiles, et qui font qu'on se demande si le monteur n'avait pas oublié qu'une autre scène était en train de se dérouler. On en voit qui s'enchaînent plusieurs fois dans le film, des plans de documentaire ou des incrustations dans l'eau reprises en ouverture et en conclusion, soit par manque de moyen soit par volonté de toujours faire plus mauvais, plus nanar.
Mais un nanar qui s'assume garde-t-il l'étendue de sa saveur? A partir du moment où le film fait de l'humour sur son manque de moyens, multiplie les références au monde actuel en parodiant les satires sociales de nos films d'auteurs chéris, et continue de citer de nombreux films marquants de différents genres, peut-on vraiment dire que c'est un nanar savoureux, qu'il est drôle parce qu'il est mauvais, qu'il devient un bon film parce qu'il en est un catastrophique?
Je dirai plutôt qu'aux vues du fait qu'il veut à tout prix amuser par tout ce qu'il fait mal, que ce soit volontaire ou non, Atomic Shark devient rapidement mauvais parce qu'il cherche à être drôle. C'est sa volonté d'être méta, de jouer les Sharknado bis qui détruit tout propos sincère et intéressant, pour le remplacer par une logique mercantile balancée par des producteurs qui multiplient les mauvais films comme Michael Bay les explosions.
Mauvaise comédie plutôt que bon nanar, Atomic Shark ne trouve de sens qu'à le voir dans une soirée ciné accompagné de quelques potes, à prendre sa stupidité forcée pour du mauvais sincère, à se mentir un peu pour pouvoir en profiter comme il se doit. On pourra sinon le bouder, voir le mépriser, tant il représente tout ce qui va de travers dans notre cinéma contemporain, où le manque de talent assumé parvient à faire tellement de passionnés qu'il devient, de plus en plus, un genre "artistique" à part entière.