Voilà un film qui laisse une drôle d’impression. On a l’étrange sentiment d’avoir fait un tour du côté de chez Lynch ou de De Palma avec, notamment, des thématiques évoquant les déviances sexuelles et les traumatismes de l’enfance à travers une vision déformée du rêve américain, tout en étant tombé sur un téléfilm du dimanche tourné au début des années 1990. Le choix des décors, des couleurs et des personnages laisse imaginer un thriller tarabiscoté et vicieux mais, malheureusement, la mise en scène ne suit pas et ne parvient pas à se montrer à la hauteur des ambitions affichées. Il en résulte une ambiance pas assez travaillée et un mystère qui ne prend pas suffisamment d’épaisseur pour véritablement intriguer. Dommage pour Jennifer Jason Leigh qui aurait mérité un rôle moins caricatural (la jeune femme traumatisée par des sévices sexuelles dans l’enfance) et qui, contrairement aux différents visuels du film, ne s’enfonce absolument pas elle-même dans la perversion, ainsi qu’on aurait pu l’espérer.


Le récit préfère s’aventurer sur des pistes classiques avec un lieu qui paraît prendre vie avec des portes qui claquent, des personnes qu’on assassine et une fille qui semble perdre la tête après avoir été victime d’un viol improbable (mais qui donc a bien pu ouvrir la porte ? Une question essentielle qui ne peut trouver de réponse et qui, en ce sens, remet en question toute l’intrigue). N’osant aller réellement sur le terrain de fantasmes que le personnage principal refoule certainement au lieu de se lancer à corps perdu dedans (comme l’aurait justement fait d’autres réalisateurs mieux à même de maîtriser un ton plus vénéneux), le film effleure les sujets les plus retors pour choisir les thèmes du traumatisme et de l'impossible réparation. Plus ennuyeux, il préfère utiliser l’intermédiaire d’un personnage peu convaincant pour interroger celui de Jennifer Jason Leigh. Une chance que ce soit Peter Coyote qui l’interprète car, autrement, ce choix scénaristique plus que discutable aurait pu conduire à une belle catastrophe. Quant à la révélation finale, si elle est intéressante sur le papier, elle manque clairement d’audace dans sa mise en scène. Elle incarne, de fait, la limite d’un film qui ne va pas au bout de ses idées.


Le résultat n’est pas déshonorant, loin de là, mais il manque d’audace et de maîtrise. On est, de fait, au contact d’une petite production qui n’est pas en mesure de rivaliser avec les thrillers du genre mais qui a ses qualités. L’interprétation, notamment, ne manque pas d’intérêt avec, par exemple, un Franck Stallone qui livre un numéro totalement lunaire. On aurait cependant aimé que le sujet se retrouve entre les mains d’un cinéaste plus audacieux.

5,5

Play-It-Again-Seb
6

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le 28 janv. 2025

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