Toujours pas convaincu par le cinéma de cet homme, personnage pourtant attachant au style singulier qui m'a toujours l'air de marcher, - ce sera son drame je pense encore longtemps - sous l'ombre écrasante d'Abbas Kiarostami, dont il fut l'assistant et l'ami. Dommage car AUCUN OURS avait l'air de vouloir s'écarter un peu de ses films habituels en lorgnant ouvertement vers une fuite en dehors de l'Iran. Scène saisissante où le cinéaste lui-même, qui ne semble même pas jouer un rôle, panique à l'idée de se trouver en plein sur la frontière irano-turque et fait demi-tour dare-dare.

C'est sans doute le film dans lequel Panahi se livre le plus, quasiment en état de panique, jetant dans une même mélée les personnages d'un film qu'il tourne à distance (assigné à résidence, Panahi tourne ses films de loin, comme avant lui Yilmaz Güney en Turquie dans les années 80), ses assistants ainsi que les comédiens avec lesquels qui se confondent avec leurs rôles . On parle de prison, de torture, d'exil, de suicide, de solitude.

Son fils, Panah Panahi nous a donné cette année un autre film de fuite vers la frontière turque, le très beau HIT THE ROAD. Au même endroit, Panahi le père filme sa peur de l'exil malgré le poids de l'oppression à Téhéran et l'absence de réconfort dans un Iran rural empêtré dans des traditions d'un autre âge et des mentalités étriquées.

C'est de loin son film le plus ambitieux, même si dans la forme il y aurait beaucoup à redire sur cette confusion "arty" entre réalité et cinéma. Une réalité qui a rudement rattrapé le cinéaste, emprisonné depuis. AUCUN OURS respire cette menace qui approche et se fait de plus en plus précise.

Comme Nanni Moretti engueulait Julie Christie dans PALOMBELLA ROSSA devant son écran de téléviseur parce qu'il n'avait pas envie comme à chaque fois de chialer à la fin du DOCTEUR JIVAGO, on aurait presque envie d' assommer Panahi lorsqu'il pose le pied en Turquie, et de l'exfiltrer loin de cette terre de folie.

Rongemaille
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le 23 déc. 2022

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