Après en avoir fait un court métrage, Johann Dionnet revient vers son idylle avignonnais et l'adapte sur 1h40 dans un scénario plus dispersé.
Alors le premier court métrage je ne l'ai pas vu et encore heureux parce que c'est exactement le même principe, donc autant le considérer comme un brouillon et corriger l'évaluation.
Dans une ambiance estivale, Dionnet nous plonge dans un microcosme d'artistes où tout le monde semble se croiser tôt ou tard. On y suit l'histoire naissante entre un comédien (Stéphane) qui n'assume pas son rôle et une comédienne (Fanny) qui semble pencher pour l'homme qu'il n'est pas vraiment. Notre Stéphane ne respire pas l'aisance dans sa drague, son manque de confiance se perçoit aussi en tant que comédien où il paraît assez retenu. Dans sa rencontre avec Fanny, il transforme un quiproquo en mensonge et lui fait croire qu'il joue dans sa pièce préférée. La réalité est tout autre, impliqué dans une troupe gagesque, il joue une pièce assez simpliste, qui peine à vendre ses sièges.
Et on arrive déjà au premier écueil sur lequel le film s'est empalé : l'écriture scénaristique outrancière.
C'est sans doute même la plus grosse tâche du film. Tout est écrit dans le sens d'un scénario fâcheusement mécanique. Parce que le film empile les aléas peu recherchés alimentant un quiproquo qui en devient éculé. Ces aléas vont fatalement être étirés jusqu'à ce Fanny découvre la vérité d'elle même, évidemment une fois que l'histoire est bien avancée et que le mec à eu son bisous.
C'est dommage parce que je pense qu'il y a vraiment quelque chose d'autre à faire que de s'enliser dans des scripts poncifs et prévisibles. Je repense par exemple au moment où ils vont s'embrasser et qu'un mec, la nuit, débarque de nul part pour complimenter Stéphane sur son spectacle (sans trop en dire non plus pour pas qu'elle découvre l'imposture).
Pourtant le film a un charme, une atmosphère sudiste qui nous attire quand même dans ces rues avignonnaises, véritable carrefour théâtral pendant quelques semaines. Des rues qui exsudent une ferveur populaire naturellement chaleureuse, qui débordent de comédiens, pièces, spectateurs...
Mais on fait aussi face à la précarité du milieu, de la difficulté d'en vivre sereinement, dans le stress en coulisses d'une équipe tiraillé par son metteur en scène, dans le stress sur scène de devoir satisfaire la salle.
Les personnages sont pas si mal écrits, avec un peu de légèreté et un peu d'épaisseur. Mais j'aurais tendance à dire que à part l'évolution du régisseur, le dénouement de leurs relations est trop bâclé.
Et j'en viens au deuxième hic du film. C'est qu'on a le sentiment qu'il a pris son temps pendant 1h20, avant d'expédier son scénario en 20 minutes, alors qu'il en méritait plus. D'ailleurs justement par rapport aux relations, pourquoi avoir conclut bêtement toute l'histoire entre Serge, Coralie et Patrick en 2 phrases ? Comment Serge a t-il réagit ? Qu'adviennent Coralie et Patrick ? Pourquoi avoir pris le temps de comprendre ce que traversait Serge et Coralie dans leur relation pour finalement délaisser cette dernière ? Johann Dionnet s'est pourtant servi habilement de problèmes internes pour donner plus de consistance et d'ambiguïté à son récit, mais ne se laisse même pas 5 minutes pour les traiter jusqu'au bout.
Même la fin paraît emballée, pesée. Entre l'apparition de Fanny, le bisous final et le rideau tiré, il ne s'y écoule que 10 secondes...
On n'en saura pas plus, ni pourquoi elle est revenue, ni ce que leur histoire deviendra alors qu'elle est fondée sur un mensonge, c'est dommage...
Moi j'aurais rêvé que le film soit nihiliste, qu'il soit une aventure estivale dont l'entrain s'étiole parce que c'est la galère pour la troupe et que notre protagoniste finit son séjour recouvert de honte. Non pas que je sois sadique, mais je trouve juste que tout ne dois pas forcément bien se terminer.
Si le mec se la joue mythomane, bon bah il en assume le prix en passant pour un con et en perdant sa conquête point. Si la pièce marche pas, elle marche pas point (d'ailleurs on nous a jamais détaillé ou approndi son succès soudain).
Donc voilà je ne suis pas déçu parce que je n'attendais rien d'Avignon, mais je pense que tout le travail de Dionnet est hélas pollué par un idylle rendu trop niais, trop écrit et un scénario regrettablement expédié.