Véritable ode au cinéma par Damien Chazelle.

Une déclaration d'amour au 7ème art du jeune réalisateur qui envoie ici son projet, de loin, le plus ambitieux. Un film fleuve, dense, inondé de références à la culture et aux longs-métrages des années 20, 30 ou 50.

Comparable à un Casino dans sa construction et sa déchéance sociale et morale, le film narre le mythe des années 20 et 30, de ses superstars du muet, la transition au parlant, la place de la femme et des personnes noires au cinéma et en société. Mais bien que très marquants, ces points critiques amenés par Chazelle sont éclipsés (sans pour autant être rendus inutiles) par la virtuosité constante du film. Entre plans séquences à répétition, explosions de couleur, le réalisateur peint son film de toutes les couleurs de l'amour. Son amour pour les comédies musicales, les grandes productions hollywoodiennes. Le cinéma, le cinéma, le cinéma jusqu'à plus soif. Et il est certain que si cela n'est pas bien capté par le spectateur, oui, les 3h de Babylon doivent être longues. C'est de la pure cinéphilie et Damien Chazelle est un enfant qui joue avec les jouets de ses ainés pour créer et enchanter son monde.

Babylone. La Tour de Babel. Symbole de mutliculturalité, et d'ultime lieu de pêché dans la Bible. Tout comme Los Angeles nous est présentée, la Tour de Babel est un lieu à divers étages, chacuns dessinants une hiérarchie sociale. Manuel a pu expérimenter tous les niveaux de ville des anges. Tout en haut, au plus près de Dieu, auprès des grands businessmen, et dans les égouts où règnent les fous et les bêtes, au plus près de l'Enfer.

Et Chazelle en tant que plus fou des fous dans ce film de fous, te laisse pas tranquille et t'attaque avec sa bande-son. Ce jazz incisif, ces timbales oppressantes. Une explosion aussi sonore pour surplomber et polir l'autre explosion, celle-ci visuelle.

Tragédie Shakspearienne sous cocaïne, les rêves mortels de Manuel et Nellie, la fin des grandes fêtes, la fin des illusions et des Roarings Twenties. Et c'est beau, Damien Chazelle signe là grand ensemble, sa grande composition, le type s'amuse et c'est un pur chaos jouissif de confettis, de drogue et de noirceur (ça aurait peut-être pu l'être encore un peu plus, plus incisif, plus noir). Un tableau plein de personnages détaillés et touchants, plein de détails. Une fanfare esthétique et tragique.

Faudrait que j'aille le revoir.

*À noter la magnifique scène où Brad Pitt est filmé de dos, marchant et dansant dans une lumière or et un grain sombre, une dernière danse pour la star déchue qu'il incarne. Ou encore les scènes de "silence" éparses dans le film, suspendues et fascinantes.

Tom-Frost
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le 19 janv. 2023

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