Le dernier film que j’ai vu au cinéma est Babylon, film réalisé par Damien Chazelle. Et depuis, il m’obsède. Je savais en voyant le casting et le réalisateur que je n’allais pas être déçu, mais le résultat fut bien au-dessus de mes attentes. C’était la première fois que je ressentais autant d’émotions devant un film dans une salle de cinéma. J’ai ressenti avec des yeux stupéfaits ce que les gens ont peut-être ressenti en 1994 quand ils ont découvert Pulp Fiction au cinéma. Ce film est d'ailleurs un grand hommage à ce dernier, à ses acteurs, sa musique et sa démesure. C’est un feu d’artifice constant et crescendo, mais le rêve va finalement virer au cauchemar pour nos protagonistes.
En discutant avec des proches, on m’a plusieurs fois dit que Damien Chazelle avait voulu faire du Baz Luhrmann mais celui-ci n’a pas inventé les années 1920. De plus, l’excès est encore plus grand que dans le film Gatsby car nous nous trouvons à Hollywood, la terre de toutes les permissions et de tous les rêves pour ceux qui veulent faire du cinéma. Je pense que ce film m’a à ce point marqué parce que je me suis identifié aux personnages et leur rêve d’avoir un jour la chance de pouvoir travailler sur un plateau de tournage. Le cinéma arrive autant à faire rêver en regardant un film qu’en participant à sa création.

On arrive bien à reconnaitre la réalisation de D. Chazelle : chef d’orchestre qui mène à la baguette tout son film. En effet, l’importance donnée au son (qui est peut-être le personnage principal ou du moins le contexte) et à la musique est unique. Comme dans tous ses films, la musique et les effets sonores sont presque visibles. On dirait que son film suit une partition et non l’inverse. Les plans jonglent d’instruments en personnages (les fameux panoramas rapides). Et le montage va forcément de pair avec le rythme. On est tellement pris par ce refrain que l’on n’a pas l’impression d’avoir regardé un film de 3 heures, même si un temps creux était malgré tout inévitable après l’apogée de la carrière de Nellie LaRoy. Mais ce temps-là est cohérent avec le récit et le ressenti de nos personnages. On a connu l’effusion de joie et cette pause n’est que l’amorce de leur descente aux enfers. Et à propos des acteurs, Margot Robbie a prouvé qu’elle était une grande actrice et s’impose dans un rôle (ou deux) qui lui a laissé la place de jouer. Brad Pitt est aussi bon dans son rôle et est dans un période de sa carrière où il a su évoluer (contrairement à son personnage) et jouer des rôles plus matures qui lui vont si bien. Ma découverte a été Diego Calva dans le rôle de Manny et j’ai hâte de voir ses prochains rôles.
Ce film est une vraie déclaration d’amour au cinéma dans ce qu’il est de plus humain. Que ce soit la lumière ou les effets spéciaux, en cohérence avec l’époque à laquelle il fait référence, tout ce que l’on voit à l’écran est vérace. En partant des explosions du champ de bataille, des figurants en masse, de la lumière (qu’elle soit un coucher de soleil naturel ou les projecteurs qui “tapent” sur les décors et les acteurs), des prises de vues en pellicule et en allant même jusqu’aux orchestres jouant la musique aux côtés de l'équipe technique.
J’ai donc aussi beaucoup aimé la photographie de ce film, car je la trouve sensorielle. La lumière nous emmène dans une époque et nous montre que ce sont bien des scènes qui sont éclairées. J’arrivais presque à sentir cette odeur de tungstène qui chauffe. La colorimétrie joue aussi un rôle avec ses tons très chauds, elle nous étouffe par moments. J’ai beaucoup aimé le plan où Nellie finit par sortir de sous les projecteurs dans une ruelle avec cette lumière dirigée qui crée le contraste entre l'ombre et la lumière. On ne la reverra plus après cette scène.
Ce film était alors fait par un amoureux du cinéma, pour la salle de cinéma, à propos du gigantesque et populaire “petit” septième art. Il se finit forcément avec une scène rétrospective de tous les films qui ont marqué le cinéma de Damien Chazelle car c’est surement son regard porté sur cet art que l’on peut mettre sur le visage de Manny au dernier plan du film.

Wilburne
9
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le 15 févr. 2023

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