En 1995, "Bad Boys" c'était top délire méga groove. Le ciel était d'un bel orangé, il y avait de belles cylindrées, de la bombasse courte vêtue, du bon gros son qui déchire la mère à 2Pac, de la vanne qui déboîte, du gun fight au ralenti pour dire que c'est super sérieux et qu'on déconne pas et un duo aussi badass que Nitro et Glycérine. Sauf que vingt ans plus tard...
Tony Scott étant déjà occupé sur "USS Alabama", le duo dynamique Don Simpson / Jerry Bruckheimer dénicha pour l'occasion un diamant brut, un fou furieux ne demandant qu'à tout faire péter autour de lui dans la joie et le mauvais goût assumé. Ce charmant petit bonhomme, c'est bien entendu Michael Bay, qui signait là son premier film.
Qui dit premier essai, dit forcément "travaux en cours". De ce point de vue, "Bad Boys" ne tombe pas encore dans la surenchère WTF qui fera le succès du wonder boy, et semblerai presque timide comparé à sa rutilante suite. Cependant, la majorité des obsessions de Bay sont déjà présentes. A savoir: du string, de la caisse, de la punchline bien grasse, de l'amitié crypto-gay, du boum boum boum et un immense appel du pied au dieu Cameron.
Mais comparé à certaines péloches cultes du style "Commando" ou "Con Air", qui ont conservé un certain charme par leur confection relativement solide et leur connerie furieusement attachante (et drôle), "Bad Boys", lui, devient difficilement regardable de nos jours. La faute principalement à un rythme casse-gueule jouant la carte du remplissage à outrance (et encore, deux heures, c'est court pour du Michael Bay), à une absence totale de folie et surtout, à une mise en scène au ras des pâquerettes, Michael Bay ayant toutes les peines du monde à torcher un plan correct et annonçant déjà le désastreux montage de ses films suivants.
La seule chose qu'il reste à sauver de "Bad Boys" premier du nom, c'est bien entendu son duo vedette, team improbable venue du stand-up et de la comédie, choix plutôt courageux pour l'époque et étonnamment crédible dans l'action. Si Will Smith et Martin Lawrence n'arrivent pas une seule seconde à la cheville de leurs ainés Gibson et Glover (ou Nick Nolte et Eddie Muprhy), ils sauvent relativement les meubles de cet actionner typiquement 90's qui aurait gagné à rester tel quel dans ma mémoire.