Il m'est nettement plus dur d'écrire sur Bambi en raison de la place qu'il occupe dans mon cœur. Après quatres longs-métrages d'une qualité certaine et possédant une animation remarquable, Disney pond un chef-d'œuvre de 1h10, au ton jovial et à la gaieté trompeuse. Ce qui le démarque est sans aucun doute, son utilisation intelligente de l'émotion et la tristesse presque ensevelie sous les esprits joyeux. Pourtant Bambi ne fais de jérémiades, il se contente de suivre ses amis si enfantins et innocents qui ne cessent d'exprimer leurs airs enjoués à chaque instant.
Au-delà de la jovialité, l'utilisation de la musique se fait beaucoup plus rare et n'est utilisée que dans l'obscurité du long-métrage. Aidé par la magnificence de la composition des dessins, beaucoup plus travaillés et détaillés que n'a jamais été un film d'animation Disney jusque-là. Les ambitions démesurées de cette courte œuvre démontrent tout le paradoxe au cœur du film. L'affinité des détails est un point important dans la compréhension de la sensation qui va occuper le spectateur tout le long de Bambi. Loin de ce qu'est Dumbo, Fantasia, Pinocchio et Blanche-Neige, l'œuvre empreinte à ces ancêtres le côté sombre et réaliste de Pinocchio et Dumbo, et la féerie envoûtante de Blanche-Neige et Fantasia. C'est par cet étrange mélange que le film fonctionne le mieux, il est aussi mieux rythmé et proportionné par rapport à son récit et à son ton.
Ce rythme offre à Bambi, un temps juste assez condensé pour en extraire tous les ressentiments souhaités. L'escapisme délibéré de l'œuvre rend ce dernier, beaucoup plus percutant et impactant en faisant passer le spectateur par de profondes émotions, longuement recherchées pendant les quatres derniers longs-métrages du studio. C'est avec une aisance totale que le film nous présente son scénario modeste et son protagoniste si banal et si pure. La souffrance de Bambi est beaucoup plus intime, il ressent profondément la solitude, ce qui est une marque très bien ancrée d'une subtilité toute nouvelle pour le studio. Cette nouvelle subtilité améliore grandement le film qui devient plus onirique et plus prenant.
La mort est l'invitée, elle prend place et s'exécute. La mère de Bambi meurt hors-champ sans aucune empathie soulignant le point de vue des chasseurs vis-à-vis de cette bête si sublime. La faucheuse n'attend pas dans ce film, elle se déplace presque mécaniquement et c'est une chose très bien amenée et qui m'enthousiasme. Nonobstant, le film reste tendre et vachement doux, la provocation des larmes à beau être d'une puissance impensable, la tendresse n'est pas refusé lors des festivités que nous présente le film.
Blanche-Neige était l'aube, Fantasia était le jour, Bambi fut le crépuscule.