Riri, Scisci et loulou, des filles un peu décevantes...

3 ans après Tomboy, excellent film phénomène par accident (cimer Civitas et consorts), Céline Sciamma venait jeudi matin présenter en ouverture de la Quinzaine Bande de Filles. La queue à la Quinzaine était aussi longue que le film était attendu par les festivaliers, charmés par les images splendides des deux premiers films de la réalisatrice à la signature bien marquée.

La mise en scène de Bande de Filles pousse l’exercice stylistique à l’extrême. Chaque scène, chaque plan semble marqué du label Sciamma. Ainsi, l’exercice est soigné au point de mener à plusieurs reprises à l’indigestion. L’aspect ultra-didactique de la mise en scène, où l’auteure semble à chaque plan vouloir nous parler bride l’imagination, frustre, et fait quelque peu perdre le fil de son sujet à la réalisatrice.

Son sujet, c’est celui de la survie des filles en banlieue. Garder la tête haute face à leurs violents frangins et leurs absents parents, face aux provocations des gangs rivaux, face aux codes de la banlieue et au catalogage rapide qu’engendre la moindre des digressions.

Et formellement, Bande de filles, c’est un peu le La Vie d’Adèle de l’édition cannoise 2014. On ne va suivre que l’héroïne, elle sera de tous les plans, et évoluera sur une longue durée au fur et à mesure que le film avancera. Là où Kechiche impressionnait par la maîtrise totale des points de départ et d’arrivée, par l’aspect logique des ellipses, Sciamma pêche quelque peu, procédant par à-coups, usant et abusant de rebondissements fictionnels pour légitimer les changements radicaux physiques et psychiques de l’héroïne. Le film ressemble à un best-of de scènes de la vie de tous les jours d’une jeune fille de banlieue, reliées par des transitions symboliques (gros-plans-insignifiants-à-première-vue-mais-qui-veulent-dire-quelque-chose-si-t’y-réfléchis-bien).

Le produit, plutôt dense du fait de sa mécanique, quoique s’étalant dans son dernier quart sur la longueur, laisse bien peu de place à l’imagination du spectateur. Et l’on prend soudain conscience de l’efficacité de La Vie d’Adèle sur ce point, notamment de l’utilité des scènes qui s’étiraient chez Kechiche (repas, sexe etc.). Car Adèle vivait dans nos esprits, à la différence de l’héroïne de Céline Sciamma, qui ne fait qu’incarner un personnage icônique, représentatif d’une caste. La réalisatrice, à l’issue de la projection, disait avoir voulu « raconter l’histoire de ces filles qu’elle croisait à H&M ». Peut-être eût-il été plus judicieux de raconter l’histoire d’une fille, qui aurait vécu dans l’écran, et n’aurait pas été une simple accumulation de fantasmes (le film flirte parfois avec les clichés boboïsants, lorsqu’il montre les hordes de banlieusards qui se tapent sur la gueule et filment le tout avec leur téléphone portable).

Mais tout n’est pas à jeter, dans Bande de Filles. Car Céline Sciamma montre encore dans sa mise en scène une habileté rare à diriger les acteurs, tous parfaits, et sa fidèle collaboration avec Para One à la BO accouche encore d’une ambiance sonore envoutante, transcendant des cadres qui, même s’ils finissent par lasser, restent assez magnifiques.
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le 16 mai 2014

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