J’ai récemment assisté à une séance du film « Barbie ». Ce dernier était semble-t-il très attendu en raison du statut d’icône marketing que représente la poupée. Néanmoins, depuis quelques années déjà, la poupée a perdu de sa superbe : elle est l’incarnation d’une culture du jouet archaïque ; elle a l’image d’un jouet pour « boomer ».
J’étais très intéressé de voir comment Greta Gerwig et Noah Baumbach allaient s’emparer de leur sujet. Le choix de distribuer les rôles principaux à Margot Robbie et Ryan Gosling a également été un facteur déterminant dans ma motivation à aller voir ce film.
L’expérience immédiate du film n’est pas déplaisante. On assiste à un spectacle inoffensif en apparence et qui réserve quelques éclats de rire superficiels. Les acteurs principaux proposent une performance convaincante de leurs rôles. On apprécie volontiers les choix artistiques tant en ce qui concerne les décors et les accessoires que les costumes et le maquillage. Ces éléments mis ensemble donne vie à un Barbieland convaincant et visuellement plaisant.
Dans l’ensemble, on passe un agréable moment, mais je n’ai pu m’empêcher de penser durant la 2e moitié du film qu’il ne fallait pas trop réfléchir à la cohérence du film pour en profiter.
C’est cet exercice que je vais essayer de faire maintenant. En effet, sous ces airs de film sans prise de tête qui inviterait à accepter tout sans se poser de question, Barbie tient finalement un discours critique sur le monde occidental qui a enfanté Barbie par le biais de la satire. Il me semble légitime de vouloir décortiquer son discours ainsi que les règles qui nous sont présentées dans le film.
L’écriture du film pêche selon 3 aspects liés les uns aux autres : la cohérence interne de Barbieland, l’aspect satirique et l’écriture de ses personnages.
La Barbie jouée par Margot Robbie vit une sorte d’existence idéale, entourée de ses semblables à Barbieland. Ce pays semble représenter une utopie féministe que certaines militantes rêveraient de voir se réaliser un jour et au sein de laquelle les hommes – les Kens – n’ont plus de rôles utiles à la société et se contentent de vivre au travers des aspirations de la Barbie à laquelle ils sont associés. On peut lire ici le négatif exagéré de la société américaine des années 50 (et toujours d’actualité selon certains courants radicaux).
Le film établit comme règle qu’il existe une connexion entre la personnalité et les états d’âme de chaque Barbie et une propriétaire de Barbie dans le monde « réel ». Il n’est pas clairement établi s’il en est de même pour les Kens. Quoi qu’il en soit, cette supposée connexion est finalement sans conséquence plus tard dans le film lorsque Ken décide d’importer le « patriarcat » et que toutes les Barbies sont alors endoctrinées par leur Ken.
On va dire que je cherche à expliquer des choses qui n’existent pas ou n’ont pas d’importance mais je reste convaincu que pour la bonne réception d’une œuvre, il est important de conserver une « logique » interne, même si celle-ci est très éloignée de la réalité.
Les hommes du monde réels ne sont pas en reste : les membres du conseil d’administration de chez Mattel sont représentés comme des bouffons : ridicules, méprisants et imbus de leur propre importance. Ils sont convaincus d’avoir réglé les problèmes du patriarcat grâce à leur jouet. Il me semble que les scénaristes sont passés à côté d’une explication qui auraient pu être intéressante : Barbieland aurait pu être une projection idéalisée que les membres de Mattel se font de la société occidentale. L’évènement déclencheur aurait été une prise de conscience de Barbie où un « bug » dans la matrice. En tout cas c’est mon opinion.
Contrairement à la Barbie stéréotypée qui se retrouve affublée des états d’âme de sa propriétaire, le Ken stéréotypé ressent quant à lui de la frustration et de la jalousie qui lui sont propres. Il ne se satisfait pas de rester dans la friendzone, et aspire à une relation plus exclusive avec « sa » Barbie. Cette dernière l’ignorant délibérément, il profite de son périple dans le « monde réel » pour tenter de prouver sa valeur. Il ne fait que suivre l’arc narratif de n’importe quelle princesse Disney. Arrivé dans le monde réel dans lequel il est enfin reconnu pour ce qu’il est, il décide, en dépit de capacités intellectuelles montrées comme limitées à plusieurs reprises, d’importer le patriarcat à Barbieland. Sa motivation au voyage était de plaire à Barbie, mais finalement il oublie complètement son objectif et décide de se vouer au patriarcat sans raison. Ce changement n’est pas très cohérent. Encore moins cohérent sa décision de se rallier au reste des Kens avec qui il entretenait jusque-là de mauvais rapports et avec qui il s’est instantanément réconcilié.
Les motivations de Ken étant représentées comme légitimes, il apparaît finalement comme assez sympathique quoique mal guidé parce qu’il croit être le mieux pour sa cause.
Enfin, et je m’arrêterais là au niveau des problème de cohérence, la manière dont les Barbies reviennent à la raison est sans doute la moins subtile qu’il était possible d’imaginer. Ici, on est dans le mille-feuilles argumentatif. On feint d’ignorer les causes profondes de certains comportements et la responsabilité féminine dans certains cas. Le choix d’une résolution aussi faible a terni mon appréciation du film.
Je voudrais finalement dire quelques mots sur la résolution du film. Nous l’aurons tous compris le patriarcat c’est mal, parce que cela empêche les femmes de faire ce qu’elle rêve d’être. En revanche l’inverse c’est bien, parce que les femmes peuvent être ce qu’elles veulent, et que ce n’est pas un problème de brimer les hommes. J’ai bon ?