C’est la Sarabande de Haendel, construite sur le célèbre thème de la Folia, qui nous introduit dans ce film d’époque et qui le conclut. Un choix musical qui n’a pas qu’une valeur d’ornementation. Sa mélodie entêtante, hypnotique, incantatoire et répétitive participe à l’atmosphère du film et souligne la prison existentielle des personnages malgré une vie parfois apparemment réussie. La voix off qui surplombe le film participe également à cette impression. Annonçant à l’avance ce qui va arriver sur un ton ironique, elle renforce l’impression de fatalité qui pèse sur le déroulement de l’histoire.
Tirée d’un roman de William Makepeace Thackeray, l’histoire racontée est celle d’un roturier opportuniste qui, grâce à diverses circonstances mais aussi par ses mensonges et la violence, va s’élever socialement avant d’être réduit à nouveau à la pauvreté. Durant cette trajectoire, c’est tout un pan de la société de l’époque qui est déroulé sous nos yeux : les diverses classes sociales, les armées anglaise et prussienne durant la guerre de Sept Ans, puis la noblesse avec son luxe et ses divertissements.
Mais, de façon plus large, cette histoire parle de la condition humaine en général et de la vacuité qui peut être la sienne quand l’humain vit sous l’emprise des apparences et des relations intéressées. Barry veut posséder ce que possèdent les autres parce qu’il imagine que cela donnera de la valeur à son existence. Pourtant, plus il réussit socialement, moins son existence paraît avoir de consistance. Et les aristocrates qu’il cherche à rejoindre ne valent guère mieux : sous l’élégance des costumes et le raffinement des manières règnent également l’intérêt, la rivalité, l’ennui et la violence.
Barry Lyndon est un film envoûtant. Formellement, il est superbe. Kubrick a réalisé son film sous la forme d’une succession de tableaux. Les costumes, la lumière, les décors, les plans : tout est soigneusement pensé et composé. La musique choisie avec soin, l’éclairage intérieur à la bougie, la lenteur du rythme contribuent à créer la douceur mélancolique qui se dégage de ce film. Les personnages sont comme « perdus » dans des décors écrasants, qu’ils soient naturels, comme les paysages bucoliques, ou intérieurs, comme ces grandes pièces luxueuses et chargées. Kubrick utilise souvent de lents zooms arrière qui partent des personnages pour les replacer progressivement dans l’immensité du décor. L’individu que nous regardions devient alors une petite figure à l’intérieur d’un tableau beaucoup plus vaste que lui. Visuellement aussi, l’être humain semble ainsi ramené à sa petitesse.
Dans un premier temps, il est difficile de s’attacher au personnage principal : sa vie entière est marquée par le mensonge. Pourtant, quand à la fin il perd tout, on se prend de pitié pour lui. C’est un homme pas très fin, pas très moral, mais qui ne vaut pas moins que les nobles qu’il a voulu rejoindre. C’est d’ailleurs le mot de la fin :
« C’était sous le règne de George III que ces personnages ont vécu et se sont querellés. Bons ou méchants, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux à présent. »